‹ L'homme criminelChapitre 157 sur 315 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

elle, pianiste célèbre, la protectrice et, comme on l'appelait, la mère des voleurs. Raskolnikost, dans le célèbre roman de Dostojewski, tue froidement, avec calcul, deux femmes pour les voler et se faire une position; il n'a d'affection ni pour sa sœur, ni pour sa mère; — et pourtant le même homme donne une somme considérable pour une personne pauvre qu'il ne connaît pas, et expose sa vie pour sauver deux enfants.

L'assassin Moro se plaisait à habiller et à débarbouiller ses enfants. Féron, aussitôt après avoir commis un meurtre, allait voir les enfants de sa maîtresse, et leur régalait des friandises. Maino délia Spinetta était un mari passionné et fidèle; il fut pris à cause de sa femme. C'est pour son épouse que le terrible Spadolino se fit brigand, Norcino voleur, Castana et La Pommerais (1) empoisonneurs, Montely assassin. Le féroce Franco, arrêté par l'entremise de sa maîtresse, ne se préoccupa que de la sauver tant que dura son procès; dans la photographie qu'il fit exécuter dans sa prison, c'est à elle qu'il serre la main. Holland avoua qu'il avait commis l'assassinat pour lequel il était poursuivi dans le but d'enrichir la femme et l'enfant qu'il aimait. « Je l'ai fait, disait-il, pour mon pauvre enfant ». On ne peut lire sans un étonnemenl profond les paroles de l'assassin De Cosimi: « Bien des baisers à mon petit enfant; — il sera droit comme son père, car le loup engendre des louveteaux ».

Parent-Duchàtelet a montré que si la plupart des filles publiques se sont affranchies de tout lien de famille, il en est quelques-unes qui font servir leur dcs-

(1) Sa dernière parole fut : « Pour Clotilde ».

honneur h donner du pain à leurs enfants, à leurs vieux parents, h leurs compagnes. Elles ont en outre une passion extrême pour leurs amants ; ni les mauvais traitements, ni les coups, ne peuvent les détacher d'eux.

2. — Instabilité. — Toutefois, si dans la plus grande partie des criminels les affections nobles trouvent leur place, c'est toujours avec une nuance morbide, intermittente, instable; elles semblent pour leur intermittence et leur soudaineté jaillir d'une éruption.

Pissembert, pour un amour platonique, empoisonna sa femme. La marquise de Brinvilliers tuait le père pour venger l'amant, les parents pour enrichir les fils. Mabille, pour l'amour de quelques connaissances d'hôtel, commit un assassinat. Un certain Maggin me disait: <c La cause de mes crimes est une trop grande propension à l'amitié; je ne puis voir offenser un ami, même éloigné, sans porter la main à mon couteau pour le venger ».

Voulez-vous des exemples du peu de stabilité de ces sentiments, même chez ceux qui en paraissent le plus vivement épris ? Songez à Gasparone , poussé jadis , au premier meurtre par amour excessif de sa maîtresse; et qui, peu après, tue cette femme, coupable d'avoir laissé échapper un seul mot de reproche; songez à Thomas, qui aimait sa mère à la folie et qui pourtant, dans un accès de colère, la précipita d'un balcon. Martinati avait pendant de longues années aimé la femme dont, deux mois après son mariage, il songeait déjà à se défaire.

Les prostituées se laissent battre jusqu'au sang par leurs amants; mais le prétexte le plus futile suffît plus tard, à. les détacher d'eux; et elles témoignent à d'au-

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