CHAPITRE V
En Angleterre, dit Mayhcw, les bandes de voleurs se jalousent mutuellement; chacune d'elles se vante de surpasser les autres; s'il était possible, elles s'adresseraient des défis dans la quatrième page des journaux.
On sait que les prostituées ont comme des grades dans leur profession : qu'elles prétendent toujours appartenir au grade supérieur, et que le mot: Vous êtes mie femme de vingt sous, est pour elles le dernier des outrages. Il en est de même aux galères: Quiconque a volé des milliers de francs se moque du pauvre coupebourse. Les assassins, du moins en Italie, se croient supérieurs aux voleurs et aux escrocs, ils sont fiers du bonnet qui les fait reconnaître, tandis que les voleurs s'efforcent de toutes les manières de cacher le leur. Les faussaires, à leur tour, dédaignent les assassins et évitent de se rencontrer avec eux. A Londres, les voleurs de grand chemin méprisent les larrons vulgaires, qu'ils appellent ganofs. « Je puis, disait l'un d'eux, qui s'écartait de ces derniers, je puis être un voleur; mais, grâce à Dieu, je suis un homme respectable». (Ledru-Rollin, De la décad. de l'Anglet., 1850).
Les voleurs croiraient déchoir s'ils dérobaient des objets de peu de valeur; c'est souvent bien plus l'amour propre que le besoin qui les pousse à mal faire. (Vidocq, Sur les moyens de dominer le crime, 4844).
Vasko, à '19 ans, avait assassiné une famille entière. Il se réjouissait d'apprendre que tout Pétersbourg s'occupait de lui. «Eh bien! disait-il, mes camarades de classe verront aujourd'hui s'ils avaient raison de prétendre que je ne ferais jamais parler de moi ». Les prisons en Russie, 4857; Revue Brilann., 4800).
Un vulgaire filou, Grellinier, se vantait, aux Assises, -de crimes imaginaires, pour se donner l'air d'un grand
assassin. Mollino et Rougel mellaienl en vers barbares leurs propres méfaits. Lernaire, De Marsilly, Vidocq, AVinter, De Cosimi, M"^« Lafarge et Collet, nous ont laisse leurs mémoires.
« Que les brigands d'aujourd'hui sont inférieurs à ceux » de mon temps! disait Gasparone. Us florissaicnt alors » dans toute leur pureté, ils ne se souciaient pas de po- » litique, — ils travaillaient par amour du métier! » (Arch. di psich. e se. pen., m, 276).
Cette vanité excessive des criminels fait comprendre comment, avec une imprévoyance inconcevable, ils en viennent à parler de leurs méfaits avant et après leur accomplissement, et fournissent, de la sorte, à la justice l'arme la plus siîre pour les saisir et les condamner.
Philippe, quelques instants après ses meurtres étranges, disait à une de ses maîtresses; « Oui, je les aime, les femmes, mais d'une façon qui m'est particulière; je les étrangle après les avoir possédées; mon plaisir est de leur couper la gorge. Oh! vous entendrez bientôt parler de moi !»
Lachaud, quelques jours avant de tuer son père, à qui il portait une haine mortelle, déclara à ses amis: « Ce soir je vais creuser une fosse et y mettre mon père; il y dormira à jamais ». Villet annonçait d'avance les incendies dont il allait se rendre coupable. Un autre parricide, Marcellino, disait un peu avant de donner la mort à son père: « Que mon père revienne des champs, il restera ici ».
On entendit Bérard dire, avant de commettre son dernier crime, le meurtre de trois riches bourgeois: «Je veux m'appliquer à quelque chose de grand, oh! l'on parlera de moi». Gallarati, homme froid et taciturne, avant de poignarder l'étudiant qu'on avait désigné à ses