‹ L'homme criminelChapitre 160 sur 315 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

<:oups-, montra dans une boutique, et d'une façon toute particulière, à un homme qu'il soupçonnait d'être de la police, l'instrument avec lequel il comptait accomplir son assassinat. — L'empoisonneuse Buscemi se signait: « Ta Lucrèce Borgia » .

Sobbcr, l'assassin d'un vaguemestre de Berlin, échappa quelques mois à la justice en prenant le nom de Sandel. Mais il livra son nom véritable pour montrer à son hôte, qui refusait de voir en lui un ancien soldat, le passeport où son vrai nom était inscrit.

Quoi encore? On voit des criminels qui, avant qu'on ait découvert leur crime ou qu'on les en ait convaincus, éprouvent le besoin, non seulement d'en parler, mais encore de le retracer, pour en rendre l'image plus claire et plus parlante, du moins à leurs propres yeux. C'est ainsi que je m'explique l'étrange dessin de Troppmann (tabl. XIX®), qui ne prouvait pas son innocence, mais qui prouvait sûrement son crime.

Un exemple curieux nous est offert aussi par ce Fusil qui, après avoir tué son compagnon pour le voler, et en avoir caché le cadavre dans une armoire, s'était sauvé en Suisse. Au bout de quelques jours, se trouvant sans ressources, il avait livré son pseudonyme pour se faire envoyer d'autre argent: arrêté et conduit à Turin, il résolut de se suicider le 400^ jour; mais, tout d'abord, il traça sur sa coude des dessins au moyen desquels il semble avoir voulu s'élever à lui-même un monument qui rappelât son. crime et son suicide (Atlas xx), avant de se donner la mort (1).

(l) Il y a écrit: — J'ai souffert 100 jours de prison pour cela! , pour avoir (une bagatelle), tué son ami; — et encore: Adieu mon ami Gamhro voleur^ je t'ai bien tué. ^ Et puis: Derniers eœcës — et enfin paixa,w dessous de son sosie pendu aux fenêtres de la prison (tabl. xi").

Mais c'est en France qu'on en trouve l'exemple plus curieux. En 1878 , une bande de voleurs dévasta , pendant plusieurs mois, les environs de Paris: les vols se succédaient, les cotTres-forts étaient forcés, et -les auteurs de ces méfaits, Clément, Tapât et Quatrelire, échappaient à toutes les recherches de la police, quand un jour, dans une guinguette, un agent entendit chanter un refrain qui faisait allusion à ce vol avec effraction et en désignait assez clairement les auteurs et les recéleurs. Les coupables furent arrêtés; mais il ne faut pas croire que le poète Clément, un des principaux complices, se prît à détester la muse qui lui avait été si funeste; au contraire, renchérissant sur la dose de son étourderie et de sa naïveté poético-criminelle, il compléta cette chanson fatale et raconta dans de nouveaux vers comment avait eu lieu l'arrestation. Il fait, en môme temps, pressentir une revanche contre l'autorité, qu'il dépeint avec cette haine féroce dont les sauvages se montrent animés quand ils parlent de leurs ennemis.

Nous reproduisons ce document singulier, dû à l'obligeance de MM. Ferri et Maxime Du Camp, en marquant d'une astérisque les vers qui, sans aucun doute, ont été composés après l'arrestation:

Un certain soir étant dans la débine ^sans argent), Un coup de vague il leur fallut pousser (ils durent tenter un coup). Car sans argent l'on fait bien triste mine; Mais de coui'ag' jamais ils n'ont manqué. La condition était filée d'avance ; Le rigolo eut bientôt cassé tout.

Du gai plaisir ils avaient l'espérance.

Quand on est pègre (voleur) on peut passer partout. Le coffre-fort fut mis dans la roulante (voiture), Par toute l'escorte il fut bien entouré.

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