CHAPITRE V
Chez r pèi" Clément, on lui ouvrit le ventre:
D'or et d' fafiots (billets de banque) l'enfant était serré.
Qnarant millets ! Telle était cette aubaine.
Ah ! mes amis ! c'était un fier beau coup !
De le manger, ils n'étaient pas en peine,
Quand on est pègre, on peut se payer tout.
L'ami Lapât', qui n'était pas un' bête,
Du coffi-e-fort voulait s' débarrasser.
Chez r pèr' Jacob, pour le jour de sa fête,
A son pur' lingue il voulait l'envoyer.
Tout près d' chez eux, en face était la Bièvre,
On l'y plongea; mais voyez quel cass' cou! {malheur)
D fut r'pêché. Adieu tous les beaux rêves !
Quand on est pègre, on doit penser à tout.
Vive le vin, vive la bonne chère!
Tive la grinche ! Cvoleur) vive les margotons ! {les femmes)
Vive les cigs ! vive la blonde bière !
Amis ! buvons à tous les vrais garçons.
' Ce temps heureux a fini bien trop vite.
' Car aujourd'hui nous vlà tous dans 1' trou.
' Nous sommes tous victimes des bourriques, {de la police)
' Quand on est pègi'e, il faut s'attendre à tout.
' Quinz' jours après, ces pauvres camarades
* Rentrant chez eux, par l'arnach {VagentJ furent pinces.
* Ils revenaient de faire un' rigolade.
" Deux contre dix, comment pouvoir lutter?
* Vrais compagnons de la Haute-Fanandelle ,
' Ils furent vaincus; mais leur rap (leur dos) porta tout. ' Ah ! mes amis, à vous gloire éternelle
* Quand on est pègre, le devoir (!!!) avant tout.
* Mes chers amis, j'ai fini leur histoire.
' A la Nouvelle (Calédonie), tous trois ils partiront; ' Mais avant peu, bientôt j'en ai l'espoir,
* Brisant leurs fers, vers nous ils reviendront.
* Mort ! cent fois mort à toute la police !
* Ces lâch's bandits, sans pitié, coff"rent tout.
* On les pendra, et ce sera justice,
' Car, pour les pègres, la vengeance avant tout ! • Moralité: Ces hommes très-forts se sont fait coffrer en coffrant coflfre-fort très-fort. C'est trop fort !
Il est curieux de voir cette verve crapuleuse avec laquelle se mêlent les idées d'orgie, Vive le vin, de gloire, A vous gloire éternelle, de vengeance contre la police exécrée, La vengeance avant tout, et de crime transformé en devoir, Le devoir avant tout.
Mais l'exemple le plus singulier et en même temps le plus probant de cette vanité incroyable inspirée par le crime, je l'ai relevé à Ravenne dans une photographie que la Questure avait découverte dans les matelas d'un jeune homme soupçonné homicide (tabl. xxi®). Au risque d'être dénoncés ou de fournir eux-mêmes une révélation de leur crime, trois scélérats, soupçonnés d'homicide, s'étaient fait représenter dans l'attitude qu'ils avaient au moment du crime. Leur procès, par suite des réticences des témoins, qui sont souvent si fréquentes, n'aboutit pas à une condamnation; mais, si le juriste devait s'abstenir, l'anthropologue-crirainaliste trouvait dans cette photographie le plus terrible des indices. On peut voir, en effet, combien tous ces individus, à peine leur crime connu, éprouvent le besoin d'en perpétuer le souvenir soit en paroles, soit par des inscriptions (•1).
5. — Vengeance. — L'inclination à la vengeance pour les moindres causes est la conséquence naturelle d'une vanité si démesurée, d'un sentiment si exagéré de leur valeur personnelle. Le baron C. fît assassiner C, parceque celui-ci, dans une procession, n'avait pas fait arrêter devant son palais la statue de la Vierge. Militella, pour une légère offense, avait juré de tuer un
(1) Dernièrement un voleur très-malade se traça son cpitaphe qui eu est une autre preuve : « Ci git le pauvre Tulac qui fatigué de voler 'dans ce monde, s'en va voler dans l'autre: les parents très-LeUreux fl.ui donnent ce souvenir ».