CHAPITRE V
de ses camarades d'enfance, peu de Icmps après, il accomplit son serment. Comme on lui en faisait reproche il repondit: «Si je l'ai tué, c'est qu'il le méritait ï.
«Voir expirer l'homme que vous haïssez, dit en vers Lacenaire, est un plaisir divin... Haïr et me venger!... C'est la seule chose que je souhaite ». Il n'avait qu'une préoccupation et il l'avait sans cesse, c'était de déshonorer et faire condamner ceux de ses compagnons qui l'avaient trahi.
« La seule joie qui me reste est celle de la vengeance; et je ne l'ai goûtée qu'à petites gorgées».
Renaud, âgé de 22 ans, ayant eu une 'légère altercation avec son ami Foy, qui l'avait nourri à ses frais pendant plusieurs années, le frappa et essaya de le jeter dans un puits. On l'arrêta: le blessé lui accorda son pardon, sans pouvoir s'expliquer une telle violence. Mais lui disait: «On me condamnera, mais, patience; je regrette de ne l'avoir pas achevé; si je sors de prison, je lui ferai son affaire ». Et plusieurs années après, au sortir de prison, il tint son horrible promesse. Scanariello, avant de mourir, fit jurer à ses brigands de tuer certains paysans avec qui il n'avait pas encore réglé ses comptes. La Pitcherel avait empoisonné son voisin, qui s'opposait au mariage de son fils: condamnée à mort et invitée à pardonner à sa victime, à l'exemple de Notre-Seigneur : « Dieu, répondit-elle, a fait ce qui lui a plu; quant à moi, je ne pardonnerai jamais ». — Callaud, serrant pour plaisanter le manteau de son ami Richard, lui avait fait une petite déchirure: il lui fit des excuses et promit de réparer le 'dommage: mais l'autre refusa de l'écouter, tira de sa poche un couteau et le lui plongea dans la poitrine.
Un certain Moyse a fourni un exemple qui ressemble en tout aux vengeances des sauvages: insulté, de nuit, par des inconnus, il s'arma et frappa les premières personnes qu'il rencontra.
La même tendance paraît chez les prostituées: « On dirait, écrit Parent, que le sentiment de leur vie abjecte est un nouvel excitant pour leur orgueil et leur amour propre: ce dernier est développé à l'excès, gare à qui le blesse» (1. c. p. 113). Il écrit plus loin: « La colère est fréquente chez les femmes de mauvaise vie, et elle est excitée par les causes les plus légères, il suffit par exemple, pour les irriter, de leur dire qu'elles sont laides. Elles sont, sous ce rapport, plus enfants que les enfants eux-mêmes; elles se croiraient déshonorées si elles ne se vengeaient pas (1. c, pag. 152).
Cette violence des passions, de la vengeance surtout, qui l'emporte sur l'amour de soi-même, explique beaucoup de traits de cruauté, communs chez les peuples anciens et chez les sauvages, mais qui chez nous sont rares et monstrueux.
6. — Cruauté. — De nos jours, il est assez rare que le malfaiteur se transforme en meurtrier sans une cause particulière ou uniquement en vue du lucre. Sur 860 vols avec effraction commis à Londres dans l'espace de dix ans, cinq seulement ont été suivis de violence à l'égard des personnes. Les assassins qui tuent pour tuer sont regardés avec terreur par leurs compagnons, au dire de Frégier. Mais que la vengeance, la cupidité inassouvie, la vanité offensée, soient une bonne fois mises en jeu, les instincts cruels de l'homme primitif reparaîtront avec la plus grande facilité, car l'insensibilité morale les dépouille de la pudeur, et de la pitié