CHAPITRE V
ne peuvent se décrire. Ce furent des femmes qui découpèrent et mirent en vente des corps de gendarmes ; des femmes forcèrent un liomme à manger de sa propre chair rôtie; des femmes portèrent sur des piques des entrailles humaines. La Rulfi faisait piquer avec des épingles par sa jeune sœur, la fille qu'elle avait prise en haine; elle la fît mourir d'inanition en la forçant à s'asseoir, sans y toucher, à sa table copieusement servie. — Voilà pourquoi Shakespeare a donné à lady Macbeth un caractère plus féroce et plus impassible que celui de son complice.
7. — Le vin et le jeu. — Après les plaisirs de l'a vengeance et de la vanité satisfaite, il n'en est point, pour le criminel, de supérieur à celui du vin et du jeu. La passion pour les liqueurs fermentées est en somme trèscomplexe, car elle est en même temps une cause et un résultat du crime. On peut même dire qu'elle est une cause triple, puisque l'homme alcoolique engendre de futurs criminels. L'alcool est un instrument, une raison du crime, soit parceque certains individus commettent des méfaits pour gagner de quoi s'enivrer, soit parceque les lâches trouvent dans l'ivresse le courage nécessaire pour accomplir leurs coupables entreprises, et croient y trouver dans la suite un moyen de justification , soit enfin parceque les orgies précoces poussent les jeunes gens au crime. Il faut noter, aussi, que le cabaret est un lieu où les malfaiteurs sont assurés de rencontrer leurs complices, qu'il est le séjour habituel où non seulement ils méditent leur crime, mais où encore ils en dépensent le produit. C'est même pour beaucoup d'entr'eux le seul, le vrai domicile qu'ils connaissent. Ajoutez, enfin, que. le maître du lieu est le banquier.
banquier d'ailleurs fidèle, aux mains de qui le voleur confie son gain coupable. En 1860, à Londres, on cornplail 4938 bouges uniquement fréquentés par des voleurs et des femmes de mauvaise vie. — Sur 10.000 meurtres commis en France, 2374 l'ont été dans des auberges. (Guerry). — Sur 49.423 individus arrêtés â New-York, 30.507 sont des ivrognes incorrigibles; à Albany, sur 1093 prisonniers, on compte 893 alcooliques. — A l'heure de midi, écrit Mayhew, presque tous les voleurs sont plongés dans les fumées du vin; aussi, ajoute cet auteur, voit-on les voleurs succomber à l'alcoolisme entre leur 30° et leur 40® année. — A Turin, il y a de cela dix ans, une bande s'était organisée dans le seul but de dérober du vin.
A l'alcool, donc, il faut attribuer sans doute ces parésies, ces athéromasies précoces qui se rencontrent si fréquemment chez les criminels. Il en est de même pour les prostituées. «Les filles riches, dit Parent Duchatelet, abusent du Champagne, les pauvres se gorgent d'eaude-vie, d'abord pour chasser leurs tristes pensées, ensuite pour acquérir une vigueur momentanée dont elles ont besoin pour exercer leur honteuse industrie, toutes pour tenir tête dans les orgies à leurs amants débauchés.— Il y a, toutefois, des exceptions; on rencontre des voleurs et des prostituées, surtout des escrocs et des chefs de bandes, qui sont abstèmes et sobres ». « Dans ce métier, me disait un jour un escroc, on ne pourrait travailler si l'on s'enivrait».
Par contre, il est bien peu de malfaiteurs qui ne ressentent très-vivement le plaisir du jeu ». « Ces misérables, écrit Frégier, qui vivent de si peu quand ils n'ont pas occasion de se goberger avec le bien d'autrui, sont pris d'une véritable fureur de dépense, quand une cir-