‹ L'homme criminelChapitre 165 sur 315 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

<;onstance imprévue les a mis en possession d'une somme un peu forte. Les émotions du jeu sont les seules qu'ils préfèrent. Celte passion les poursuit jusque dans la -geôle, et l'on cite des prisonniers qui, après avoir perdu, en un moment, le produit d'une semaine de travail, jouent, par anticipation, le gain d'un, de deux et môme de trois mois.

Veut-on quelques exemples ? Les médecins de la maison centrale de Saint Michel ont vu un forçat qui , couché par la maladie, jouait sa maigre ration de bouillon et de vin, et finissait par mourir d'inanition (4). Beausegni ' était plongé à tel point dans la fureur du jeu , qu'il oubliait le dernier supplice auquel il avait été condamné, il est arrivé à la bande de Lemaire de jouer pendant deux jours de suite, sans interruption. (Lauvergne, Histoire des forçats, 1883). C'est peut-être bien pour cela que la Statistique pénale, en Italie, relève ou i\5 de crimes commis en plein jour, et la moitié pendant la nuit, aux heures particulièrement consacrées au jeu. Sur 3287 meurtres ou attentats commis en Italie, •on en compte 145 occasionnés par le jeu.

«Les prostituées, écrit Parent, ont la passion des cartes; le lotô est leur jeu de prédilection »,

Le faussaire Durand racontait à son médecin comment sa mère l'avait élevé dans l'amour du jeu , où elle dépensait tout son avoir. «Quand elle avait perdu, nous mangions tristement notre pain sec. Si je suis ici, c'est pour avoir perdu mon honneur dans l'espoir de forcer la fortune rebelle. Pour moi, les cartes étaient des sirènes; la vue d'un valet de cœwr faisait sur mes sens

il) Frégier, Des classes dangereuses, p. 102, 1840.

une impression magique; j'aimais mieux cela que le plus beau tableau. Dans l'ardeur du jeu, si je posais la main sur ma poitrine, je sentais mon cœur battre d'anxiété. Le sort tournait-il contre moi ? je m'enfonçais les ongles dans la chair vive, sans même m'en apercevoir ». Et parlant ainsi, il montrait au médecin les misérables traces de cette fureur, qui l'avait conduit du berceau aux galères.

La passion du jeu donne la raison de cette contradiction perpétuelle qui éclate dans la vie du malfaiteur. D'un côté, convoitise effrénée du bien d'autrui, de l'autre, étourderie sans pareille à gaspiller l'argent mal acquis. Elle fait encore comprendre pourquoi le plus grand nombre des malfaiteurs, après avoir eu souvent entre les mains des sommes fabuleuses, finissent presque toujours dans la misère. Mayliew a connu un voleur de génie qui avait à son service les procédés les plus singuliers, qui savait par cœur tous les articles du Code pénal et l'histoire des crimes commis pendant les vingtcinq dernières années; il n'avait mis de côté un shelling. D'autre part, si on étudie bien la vie d'un malfaiteur vulgaire, on remarque que la cupidité n'est pas, en elle même, l'aiguillon du crime; elle en est seulement un des mobiles: car sans argent , il serait impossible de: satifaire les passions brutales. Aussi, l'avare est-il moins; porté au crime que le prodigue; et bien qu'il soit moins; sympathique, il vaut mieux au point de vue de la jus-tice et de l'économie politique.

Cette pauvreté intermittente, qui expose les criminels^ aux excès les plus contraires, est la cause première de leur mort prématurée. Elle doit être aussi poun: quelque chose dans ce manque de soin pour leur per--!

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