CHAPITRE V
sonne qui distingue les voleurs (1) et les prostituées et qui est d'autant plus remarquable que, donnant ainsi du dégoût et inspirant des soupçons aux autres hommes, elle peut mettre des obstacles sérieux à nombre d'entreprises malhonnêtes. Mais cette malpropreté doit aussi tenir de l'absence de la famille, et, surtout de l'inertie, de l'apathie profonde qui, nous le verrons plus tard, est la marque des malfaiteurs, de même qu'elle caractérise les peuples sauvages, plus sales souvent quenos animaux domestiques. J'ai cru devoir signaler ici ce caractère des criminels, parcequ'il s'accorde à merveille avec un proverbe assez juste, d'après lequel la propreté du corps indiquerait la pureté de l'âme.
8. — Autres tendances. — Les malfaiteurs ont d'autres tendances qui, pour être moins vives que les précédentes, existent pourtant; par exemple, la table, l'amour, la danse. Un parmi les rares voleurs qui m'aient avoué son forfait était un toscan qui s'évanouissait presque en entendant parler de nourriture; il avait débuté, me disait-il, dans le vol pour acheter des macarons. KiDès que je sortirai de prison, je veux manger pour trois jours, » c'est le seul souhait que manifesta un vieux voleur après dix ans de cellule. Chandelet, dans sa prison, n'était retenu ni par les fers, ni par la bastonnade; on ne venait à bout de lui qu'en le menaçant de diminuer sa ration. Les jeunes voleurs, dit Faucher, commencent par dérober des fruits et de la viande, — plus tard des objets de valeur médiocre qu'ils vendent pour se procurer des douceurs. (Et. sur l'Anglet., 1845).
(1) Dana l'avgot italien, la main est appelée la noire (negrosa); dans l'argot allemand, la tête reçoit le nom de lausenmarkt, halle aux poux.
Sur dix voleurs, ncul" ont été séduits par d'autres plus âgés, qui leur offraient des fruits ou du pain s'ils étaient pauvres, des filles s'ils avaient de la fortune, puis leur faisaient contracter des dettes pour les lier indissolublement au crime. — L'amour de la danse fit de Lucke un assassin. Holland , Costa, parurent dans un bal la nuit de leur crime. Bien des gens, à Paris et à Turin, se livrent au vol pour trouver de quoi payer leur entrée dans les spectacles.
11 est rare que le criminel éprouve une passion réelle pour la femme. Son amour est un amour tout sensuel et sauvage, un amour des mauvais lieux qui se développe, on. pourrait presque le dire à la lettre, dans l'intérieur des lupanars (le fait est avéré pour Londres, où les deux tiers de ces maisons sont de véritables cavernes de malfaiteurs). Il est caractérisé par la précocité et l'intermittence qui le fait passer rapidement de l'amour à la haine la plus intense. — Presque tous les mauvais garnements de 12 à 19 ans, arrêtés à Newgate, entretenaient des femmes, qu'ils appelaient flasghirl, — et beaucoup parmi eux avaient été pour la première fois poussés au crime par le désir de posséder quelques unes des jeunes filles logées en hôtel garni. (Faucher, 1. c).
Locatelli (1. c.) a connu un fripon qui, à 9 ans, commettait des larcins, non pour satisfaire sa gourmandise, mais pour régaler ses petites amies. De vol en vol, ce malheureux était devenu, à 15 ans, un des plus effrontés habitants des prisons et des maisons de débauche; il avait un casier judiciaire qui aurait fait envie au malfaiteur le plus émérite. Ce filou volait, volait sans cesse, pour fournir des aliments à son incroyable tendance au libertinage. 11 apportait à mal faire la fougue de ses quinze ans, la passion qu'un jeune homme de son âge