CHAPITRE V
aurait mise à rechercher les plaisirs bruyants et séducteurs de l'adolescence.
11 y a quelques mois à peine, nos tribunaux ont eu à s'occuper de trois jeunes gens, malfaiteurs précoces, qui, chassés d'un lupanar parcequ'ils manquaient d'argent, avaient assailli et dépouillé de sa montre et de quelques pièces de monnaie le premier individu qui leur était tombé sous la main, un cocher de fiacre.
L'assassin Tavalino ne pouvait se passer de femmes un seul jour. — Sichler avait 12 maîtresses. Bien souvent les voleurs mariés se troquent leur femme pour de l'argent; une fois on en donna en échange un chien et 5 florins. (Lallemenraut, Ueb. die Gaunerthiim, 1855).
Un camarade du faux rnonnayeur Am disait, au
cours de son procès, que ses maîtresses étaient assez nombreuses pour former une ligne d'un bout à l'autre de la ville.
Wolff, aussitôt après avoir commis un meurtre, s'installait dans un bordel et promenait en voiture toutes les prostituées qui s'y trouvaient. Dunant, à qui l'on demandait s'il aimait véritablement la femme pour posséder laquelle il avait tué le mari, répondit: «Oh! si vous l'aviez vue sans vêtements!» Ilardouin, Martinati et Paggi se livraient à l'adultère en présence de leurs épouses.
En général, toutefois, l'amour charnel s'éteint vile chez les voleurs; il ne persiste avec exagération que chez les escrocs, les empoisonneurs, et quelques assassins. Chez bon nombre de ceux qui se livrent à la débauche, l'aiguillon de la chair passe fréquemment d'un état de demi-impuissance à des accès d'autant plus violents qu'ils sont moins durables et afîeclenl le plus souvent une forme périodique. (Verzeni, Garayo).
ïnOISlÈME PARTIE
Parfois, mais le cas est rare, des assassins vulgaires, comme Franco, Mollino, Monlely, la Pommerais, Demme, semblent nourrir une passion unique et puissante, un amour vraiment idéal; mais, je le répète, le cas est trèsrare, et l'on doit se méfier de leurs assertions, si l'on songe au sentimentalisme poétique de cet individu tatoué dont j'ai parlé plus haut; si l'on considère surtout que ces gens là sont passés maîtres dans l'art du mensonge.
Il est moins ordinaire de trouver l'amour platonique chez les voleurs. Mayhew a remarque que les voleurs de Londres ne chantent jamais de chansons obscènes, mais qu'ils préfèrent les romances sentimentales, comme celle-ci, par exemple: Ma pauvre Anne, je le quille parceque tu es pauvre, etc. Les voleuses aiment à voir leurs amants chargés de chaînes d'or, tandis qu'elles ont des vêtements sordides. Elles les soignent au cours de leurs maladies, dans la prison même, et leur restent fidèles, pourvu, toutefois, que leur détention ne se prolonge point trop. Les prostituées ont un amour qui les distingue des femmes honnêtes (l'amour contre nature) et sont passionnées à l'extrême pour les fleurs, le bal et la table.
Mais ces plaisirs du jeu, de la table, de l'amour, etc., ceux même de la vengeance, ne servent que d'entr'acte à un plus grand, plus exclusif, — celui de l'orgie.
Ces misérables, en guerre ouverte avec la société, ont un besoin étrange d'une vie sociale toute leur propre; d'une vie de joie, bruyante, querelleuse, sensuelle, passée au milieu de leurs complices, de leurs délateurs mêmes, une véritable vie de débauche.
A mon avis, les plaisirs de la bouche, l'amour du vin, ne sont, souvent, qu'un prétexte, à l'amour de l'orgie.