CHAPITRE VI
(les menottes); c'était alors leur tour; à chacun son touri>. (Procès Parodi, Turin, 1870).
Bref, dans ces natures, l'idée du devoir paraît complètement renversée. Ils croient avoir le droit de voler, de tuer, et rejettent la faute sur les autres qui ne les laissent point agir à leur guise. Ils en viennent même à découvrir un mérite dans le crime. Les assassins, spécialement ceux qui tuent par vengeance, s'imaginent faire une action honnête, et parfois héroïque, alors même qu'ils ont pris leur victime en traîtres. Ainsi Martinelli, en envoyant un homme tuer son ennemi, comparait son action infâme à celle des anciens Romains, qui vengeaient par le sang leur honneur offensé. — La faute, pour beaucoup, consiste à jouer le rôle d'espion, ou à combattre leurs désirs. B., qui s'était adonné au brigandage dès sa jeunesse, et qui, en compagnie de Schiavone, avait tué plusieurs douzaines d'hommes, se plaignait à moi d'avoir été condamné à vingt années de peine. — « Dix suffisaient; car, si j'en ai tant tué à cette époque, j'ai accompli un devoir. — Mais tu as tué aussi des femmes? — Celles-là l'avaient bien mérité; elles tentaient de fuir ».
On parle souvent du remords qui ronge le criminel; et l'on a même vu, il y a quelques années, les systèmes de pénalité prendre pour point de départ le repentir des coupables. Mais il suffît d'avoir étudié même superficiellement ces misérables, pour être certain que le remords leur est inconnu (1). D'après Elam et Tocqueville, les pires détenus sont. ceux qui ont la meilleure conduite dans la prison; plus intelligents que les
(1) Ferri, Il contegno dei delinquenti. — Id., Tl rimorso, (Arch. di psich., 1884.
autres, ils s'avisent que pour être bien traité il est bon de feindre des sentiments honnêtes. — Les geôliers anglais disent que l'on changerait plutôt un chien en renard, qu'un voleur en honnête honrime. — M. Thompson, sur 410 assassins, n'en a vu qu'un seul dont le repentir fût sincère; il a fait la même constatation sur 2 femmes parmi 130 infanticides (1). — J'ai étudié moi-même 590 de ces misérables, employant tous les moyens pour gagner leur confiance; à peine en ai-je rencontré 17 qui convinssent de leur crime; 2 s'en vantaient ouvertement. Pour les autres, ils niaient tous en termes très-brefs, et se plaignaient de l'injustice d'autrui, des calomnies, de l'envie, dont ils disaient avoir été victimes.
M. Ferri, qui a étudié 700 prisonniers et classé leurs réponses, a obtenu des résultats à peu-près semblables. En voici le précis; (Omicidio, 1877, Bologna):
Voleurs de grand chem. Maintien Total Assass. larrons
homicid. et
coupe -bourses
Qui avouent simplement . .
B g /se plaignent ....
témoignent du repentir
s'excusent
g g l) paraissent indifférents paraissent impassibles
font preuve d'impudence 10,2 5,1 19,2
Individus examinés 698 254 266
Ainsi, sur 700 détenus, il y en a seulement 3,4 OjO qui témoignent du repentir ou qui du moins paraissent émus en racontant leurs actions coupables; les assassins-
(1) Physiol. of crimin., 1870.