CHAPITRE VI
homicides (1,2 0(0) sont en plus petite proportion que les bandits et surtout que les voleurs (4,1 0[o).
9 0|0 se bornent à un aveu pur et simple du crime; il n'y a presque pas de différence entre les homicides et les voleurs,
18 0(0 allèguent des excuses plus ou moins plausibles, comme la nécessité de se défendre, la provocation, l'imprudence du jeune âge, l'ivresse, la misère, les mauvaises compagnies, etc. Dans cette catégorie, les assassins-homicides (26 0[o) sont bien plus nombreux que les brigands et les voleurs (8 Oiq).
23 0(0 restent absolument indifférents au récit de leur propre crime. Ici, les bandits-voleurs (25 Djo) l'emportent un peu sur les assassins-homicides (17 0[o), auxquels il faut rapporter ceux qui restent impassibles (3 0(0).
Enfin, plus de 10 0(0, par leur attitude effrontée, prouvent, de la façon la plus explicite, leur manque absolu de remords. Ce sont, dans ces derniers cas, ceux dont le crime est le moins grave, le moins déshonorant et le moins sévèrement puni, les bandits-voleurs (19 0[o), qui l'emportent; les assassins-homicides ne donnent que le 5 0[Q.
Si bien que l'on pourrait conclure, d'une façon générale, que, dans la masse des détenus, plus d'un tiers (35 0[o) prouvent directement qu'ils n'ont point de remords, par l'indifférence, l'effronterie qu'ils apportent dans leurs aveux ou dans le récit de leur crime, — les assassins-homicides (24 0[o) restant au dessous des bandits et .des voleurs (45 0[0) — et qu'un autre tiers donne indirectement la même preuve par leurs dénégations obstinées.
Un philosophe, dont le mérile n'est certainement pas à hi hauteur de la renommée, M. Caro, dit quelque part: <( Voyez les criminels eux-mêmes admettre le châtiment; ils nient le crime, jamais la peine qui les frappe ». Pensée encore plus ridicule, peut-être, qu'absurde ! Je défie bien qui que ce soit de nier un fait, dont , à tout moment, il doit soulîrir la preuve douloureuse! Ne voyez-vous pas que s'ils éprouvaient l'éellemenl le moindre remords, s'ils voyaient la justice de la peine, ils commenceraient par avouer leur faute, surtout aux personnes bienveillantes et qui ne sont pour rien dans les traitements rigoureux qu'on leur inllige? Ne voyez-vous pas qu'ils éprouveraient tout d'abord le besoin de s'épancher, de se justifier aux yeux du monde, par ces mille et une raisons qu'un homme trouve, toujours, pour sa propre défense? Mais leurs dénégations tenaces, obstinées, sont la meilleure preuve qu'ils n'ont pas de repentir! Il est vrai que ces dénégations naissent du désir d'éviter une condamnation ; mais elles démontrent, en même temps, l'absence de toute réaction du sens moral offensé. — Aux comptes-rendus des causes célèbres, où l'on voit que les meurtriers les plus vulgaires et les plus sauvages sont aussi toujours ceux qui nient avec le plus d'obstination jusqu'au dernier moment, j'ajouterai des nouvelles observations de Ferri. J'ai pu examiner, dit-il, tour à tour 700 détenus de Pésaro et de la prison de Castelfranco, et j'ai constaté que 42 0[0 des plus grands criminels (assassins-homicides-voleurs de grande route) s'obstinaient à nier, tandis que le chiffre descendait à 21 0|0 pour de moirts grands coupables (voleurs, coupe-bourses, escrocs, etc.). Ce n'est pas tout: alors que les homicides du bagne de Pésaro niaient dans une proportion de 38 0[0, ceux de la prison
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de Caslelfianco, moins féroces, parceque on les avait condamnés à la prison et non au bagne, n'arrivaient dans ce cas qu'à 4 OiQ. H importe de constater cette «norme différence qui, soit dans les chiffres en euxmêmes, soit dans leurs rapports avec les totaux respectifs, acquiert une valeur psychologique évidente. En outre, beaucoup de ceux qui refusaient d'avouer, qui se prétendaient innocents, qui déploraient leurs malheurs, s'abandonnaient, ensuite, au cours delà conversation, à une hilarité qui ne laissait aucun doute sur ce que j'appellerai la véritable genèse psychologique de leurs dénégations obstinées.
Une dernière preuve indirecte de leur manque de remords, preuve qui peut être considérée comme une démonstration des plus claires, c'est que les criminels de cette catégorie ne plaignent jamais leur victime, qu'ils la tournent en dérision, au contraire, et la calomnient souvent. — « Sur 10 voleurs, on en voit au moins 9 qui traitent de brigands et d'escrocs ceux qu'ils ont volés, » observe avec raison un chroniqueur judiciaire. Parmi ceux que j'ai examinés, le n° 557, à qui je demandais ce qu'il faisait quand ceux qu'il dérobait n'avaient rien dans leur portefeuille, me répondit avec un rire cynique: « Je dis alors que ce sont des coquins ». — Le n° 142 parlait de sa victime: «Eh! ajouta-t-il avec un haussement d'épaules, qui ne fait ses propres affaires, allume sa lanterne pour chercher le malheur... tant pis pour lui, s'il est allé fumer la terre». — Ecoutez encore le n° 641 : « Je tirai un coup de pistolet sur l'homme que je détestais... Ah! le meurtre de cet homme n'est rien; c'est le cheval surtout que je regrettais d'avoir tué (il s'agissait du cheval de sa victime, qu'une balle avait frappé). (Ferri).
Si maintenant nous passons aux preuves directes de Tabsence du remords dans les homicides communs, nous nous trouvons aussitôt en présence de la satisfaction causée par l'accomplissement du crime, ou du déplaisir qui naît de l'insuccès. — Rolande ayant déchargé son fusil sur un de ses camarades, vit que celui-ci n'était pas mort: ii Ah ! bâtard, s'écria-t-il , tu n'es pas mort encore, il faut que je t'achève ? j> et il l'acheva, en effet, en lui coupant la gorge.
On peut enfin compléter la démonstration par une dernière preuve; ne déclarent-ils pas, de la façon la plus explicite, que le crime leur semble une belle chose, et qu'ils ignorent absolument ce que c'est que le remords ?
C'est précisément ce que disait cette voleuse anglaise à une dame patronnesse: «Oh! madame, si vous saviez comme on vit bien! Concevoir un vol, l'exécuter, est pour nous ce qu'est une partie de campagne, ou une fête, ou un bal, pour une dame de la société !» — Le n° 377 à qui je demandais s'il n'avait jamais frappé personne, me répondait: « Je ne suis pas un boucher; » et comme je lui objectais qu'il enlevait bien les portefeuilles, il s'écria: «Ah! oui; mais quelle belle chose!... ». Le n° 44-2 répétait à qui voulait l'entendre que « le vol, à franchement parler, est une belle chose ». Et le n° 389: « Je ne dis pas que le vol soit en lui-même une belle chose; mais il l'est pour moi, car il me procure de l'argent sans fatigue ». Le n° 478, donne une idée très-claire de l'état psychologique du criminel par habitude, quand il dit: «au début, on tremble de se laisser prendre (far marrone); ensuite... c'est comme si l'on entrait dans un auberge ». Ecoutez enfin le n° 509: «Pour cela, ami, le vol est un beau