‹ L'homme criminelChapitre 183 sur 315 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

voleurs fieffés, déposer contre leur père, révéler les circonstances les plus aggravantes, en inventer même des fausses.

«Parmi les voleurs, écrit "Vidocq, il en est peu qui ne regardent comme une bonne fortune d'être consultés par la police. Presque tous se mettraient en quatre pour lui donner une preuve de leur zèle. Les plus acharnés sont toujours ceux qui ont le plus à craindre pour leur propre compte». 11 dit ailleurs: « Les voleurs n'ont point d'ennemis plus redoutables que les anciens forçats; ceux-ci déploient le plus grand zèle pour faire arrêter un ami. En l'absence de faits véritables, ils sont capables d'en inventer, ou, ce qui est plus fort,, de mettre sur le compte d'autrui leurs propres méfaits^ au risque d'attirer l'attention sur eux-mêmes. Ainsi, une femme nommée Bailly et un homme du nom d'Onaste furent condamnés trois fois pour des fautes qu'ils avaient révélées en les attribuant à d'autres. Les voleurs de Londres, qui s'indignent si fort contre les délateurs, sont les premiers à se dénoncer les uns les autres. — Lacenaire, dénonçant ses complices, faisait connaître des circonstances qui pouvaient nuire à sa propre cause. — Bouscant fit arrêter tous les membres des fameuses bandes des chauffeurs. — Caruso nous a rendu les plus grands services contre les brigands; peu s'en est fallu qu'il ne nous livrât Crocco. — G. Bianco, voyant la partie perdue, feignit d'encourager ses hommes et les conduisit dans l'embuscade préparée par le général Nunziante. — Mottino, Gasparone, volaient à leurs complices leur part de butin. — Les meurtriers de Ravenne usèrent de la cruauté la plus raffinée à l'égard des Tassinari, leurs complices.

TROISIÈME TAUTIE

De tous nos chefs de brigands, il n'en est qu'un, à ma connaissance, qui se soit montré juste à l'égard de ses peu recommandables administres; c'est Schiavone.

— La plupart ont fait preuve d'un despotisme, d'une injustice révoltante à l'égard de leurs hommes. — Coppa, pour une légère désobéissance, égorgea vingt de ses complices; il passa par les armes son propre frère, qui n'avait pas attendu ses ordres pour piller une ferme.

— Dans ce gouvernement improvisé que s'étaient donné les galériens de Saint Stefano, la vengeance engendra bien de meurtres, qui ont donné lieu dans la suite à un procès fameux (1). Précisément, le chef de cette étrange commission judiciaire, le Lycurgue de ce nouveau code, irrité contre un certain Fedele qui, fier de sa force musculaire, lui témoignait peu de respect, s'en vengea par un coup de poignard, et, surpris par une patrouille, lui défendit, paraît-il, d'en rien dire à personne. — Tant est fragile et inconstante, dans les malfaiteurs, même cette honnêteté relative, cette pseudojustice, qui naît de l'intérêt du moment ou d'une passion plus violente, mais, à la vérité, moins honteuse que les autres!

8. — Morale. — Si maintenant nous comparons la morale des criminels à celle des fous, nous serons étonnés des différences et des analogies qui s'y rencontrent. Il est bien rare que le fou naisse méchant et immoral; il le devient à un certain moment de son existence, à la suite d'une maladie qui change ou modifie son caractère. Si, comme le criminel, il éprouve rarement du remords, s'il se vante d'une mauvaise action, ou tout au

(I) Rivista dei dibattimenti celebri, Milan, 1872, p. 243-44.

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