CHAPITRE VI
moins déclare qu'une force irrésistible l'a poussé à mal faire, on le voit souvent, aussitôt la faute commise, recouvrer, comme par une crise heureuse, la lucidité de ses idées et le sentiment de ce qui est juste; alors, il est entraîné à se dénoncer lui-même, mais jamais avec le cynisme du criminel; il parle, au contraire, avec l'expansion du pécheur repentant, de l'hypocondriaque dont la bile s'évapore. — C'est le cas de Fonlana, d'Elicabide, de Papavoine, de Verger, de A. A., de Livi, de Dossena(l). Mis sur leurs gardes par leurs camarades de prison ou par leur avocat, ils peuvent bien tenter de dissimuler leur action coupable (comme Verzeni, Farina) (1); ils ne déploieront jamais l'habileté ni l'énergie de celui qui a l'habitude du crime. ,
Celui même à qui une violente commotion de l'âme fait commettre un meurtre, ressemble bien au criminel par l'insouciance avec laquelle il envisage l'avenir; mais il diffère de lui par le repentir qu'il éprouve aussitôt après son crime, et par le besoin qui le porte à soulager sa conscience en allant se dénoncer à la justice.
9. — A l'état sauvage, au contraire, l'homme ne connaît pas le remords; il tire vanité de ses exploits criminels; justice est pour lui synonyme de violence et de force. Dans l'antique langue latine, latrocini avait le sens de service militaire. — Chez les Gaulois , dit César (De hello gallico, xi), les vols commis en dehors du territoire de la cité n'étaient pas infamants. — De nos jours encore, l'Albanais ne considère pas le meurtre comme un crime; pour lui, fort est l'équivalent de juste, faible veut dire méchant.
(IJ Voir le vol. iii.
10. — Ce fat bien certainement le dommage causé au grand nombre parla puissance de quelques-uns, et ce dommage seul, qui fit naître la première idée de la justice et de la loi. De ce côté, le code si curieux des galériens de S. Stefano, qui, par sa sévérité, rappelle assez bien les lois du moyen-âge et celles des peuples primitifs, peut nous faire voir quelle série d'événements il a fallu pour soumettre les peuples barbares à une législation; il nous fait aussi connaître un nouveau trait d'analogie entre les sauvages et les criminels. (V. première partie, chap. ii et m).