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CHAPITRE VII

La religion des criminels

Nombre de gens croient que les criminels sont tous des incrédules, comme si la religion était le frein le plus puissant du crime. La vérité est que si plusieurs chefs de bandes, si des scélérats éhontés, Lacenaire, Lemaire (1), Mandrin, Gasparone, La Pommerais, Barré, ou généralement ceux qui croissent dans les grandes villes, font parade d'une sorte de cynisme humoristique, raillant non seulement la religion, mais aussi la morale; le plus grand nombre, au contraire, surtout à la campagne, est toute autre chose qu'athée.

Il est bon d'ajouter que beaucoup des criminels se forgent une religion sensuelle et accommodante , toute à leur avantage, qui ferait du Dieu de paix et de justice une espèce de tuteur bienveillant, de complice de leurs actions coupables.

(1) Vous allez pourtant à l'église, lui disait le président. « Oui-, pour m'amuser, comme au théâtre ». — Au prêtre qui l'exhortait à se repentir, Mandrin demanda combien on rencontrait d'auberges avant d'arriver au paradis, car il n'avait, disait-il, que six sous à dépenser en route. — La Pommerais, dans son testament, recommanda d'élever son fils loin des terreurs religieuses et monacales. — Kesfel demanda pour Be confesser un rabbin au lieu d'un prêtre.

Juslcmenl Œltingcn montre qu'il est presque impossible d'avoir des renseignements précis sur cette question; je crois que c'est déjà beaucoup si je puis donner les proportions de la fréquentation des églises, ce qui est certainement, si non un indice, du moins une présomption éloignée du sentiment religieux.

Par Par 500 criminels 100 normaux

Fréquence régulière à l'église , . 46 Oio — 57 0|0 '

Id. Irrégulière 25 » — 13 »

Absence 38 » — 29 n

On voit que les normaux fournissent un nombi^e un peu plus grand de gens qui fréquentent les églises, et un nombre moindre aussi d'abstensionistes. Mais ces proportions grossissent dans certaines catégories de criminels: dans les violateurs la proportion des fréquentateurs va jusques au 61 Oiq, dans les assassins elle va jusques au 56 0[0-

M. Ferri, sur plus de 200 assassins, n'en a trouvé qu'un seul qui fît profession d'athéisme. Parmi les autres, 7 affectaient une dévotion exagérée, 5 avaient de fortes croyances; les autres, tout en conspuant les prêtres, affirmaient qu'ils croyaient en Dieu; l'un d'eux même disait: « Il ne dépend pas de moi d'être honnête homme; c'est Dieu qui donne ce sentiment ».

Casanova, qui devait en savoir quelque chose, remarque (Mémoires, p. 342) que tous les hommes vivant d'un métier illicite sont confiants dans l'aide de Dieu.

Horace met ces vers dans la bouche d'un filou:

Piilchra Laverna (c'est la déesse des voleurs)

Da mihi fallere: da justo sanctoque vider!.

Et un peu plus loin:

Noctem peccatis et fraudibus objice nubes.

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