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CHAPITRE VII

Ail

Chaque voleur a sa dévotion, dit le proverbe. Pour notre part, de 2480 tatouages i-elevés sur des criminels, nous en avons trouvé 238 qui reproduisaient des symboles religieux (voir p. 299). Dans l'argot, Dieu est le grand mek; l'âme, la perpétuelle. Gela ne prouve-l-il pas leur croyance en Dieu et en l'immortalité de l'âme? Autre preuve: dans l'argot espagnol, l'église est appelée la santé.

Les assassins allemands se croient à l'abri de tout soupçon quand ils ont souillé de leurs excréments le théâtre du crime (Casper); chez nous, ils trempent un doigt dans le sang de la victime et le portent ensuite à leurs lèvres. Les Bohémiens meurtriers, pensent obtenir le pardon divin en portant une année entière la chemise dont ils étaient revêtus au moment du meurtre.

Tortora, qui avait tué de sa main 12 soldats et un prêtre, se croyait invulnérable, parcequ'il gardait dans son sein une hostie consacrée.

Les célèbres chauffeurs de France avaient adopté une série de rites religieux, propres à leur bande, pour célébrer les naissances et les mariages; ils s'étaient donné, un peu par esprit de parodie, un peu dans une intention sérieuse, un curé, qui présidait à leurs unions et bredouillait quelques prières latines. Chose curieuse! ils proscrivaient sévèrement le divorce; ils ne l'adoptèrent que longtemps après qu'il avait été introduit dans la loi française par la révolution. — En 1670, les empoisonneuses de Paris, qui appartenaient à la haute société, faisaient alterner avec les poudres de succession les messes diaboliques, pour obtenir la mort d'un mari ou conserver la fidélité d'un amant. Un prêtre lisait les prières de la messe sur le ventre d'une prostituée enceinte et égorgeait ensuite le fœtus, dont le sang et les

cendres servaient à composer des philtres. La Voisin, à elle seule, aurait fait périr des milliers de ces petites victimes. (V. Les Archives de la Bastille, 1866, 1873).

La bande de Manzi était chargée d'amulettes. — Celle de Caruso plaçait dans les bois et dans les grottes des images saintes, devant lesquelles brûlaient des cierges. — Verzeni, qui avait étranglé trois femmes, se faisait remarquer parmi les plus assidus et les plus sincères à l'église et au confessionnal; il sortait d'une famille non seulement religieuse, mais bigotte. — Les complices de La Gala, transférés à la prison de Pise, refusèrent obstinément de manger les vendredis de carême; et quand le directeur les y engageait, ils répondaient: « Quoi donc? Est-ce que vous nous prenez pour des excommuniés?» — La plupart des voleurs de Londres, dit M. Mayhew, font profession de croire à la Bible. — Il n'y a pas bien longtemps que les voleurs et les camorristes de Naples faisaient de magnifiques dons à San Pasquale, et enrichissaient ce magnifique couvent. Faut-il rappeler que tout récemment, comme .nous l'a révélé mon ami Vincenzo Maggiorani , l'archevêque affichait, sur les portes de la cathédrale de Palerme, la componenda, c'està-dire la taxe des sommes à débourser à l'église pour se racheter de tout délit? Les assassins Bertoldi, père et fils, assistaient tous les jours à la messe, agenouillés sur les dalles, le visage contre terre. — Quand l'affreuse Maria Forlini, qui avait étranglé et mis en pièces une petite fille pour se venger de ses parents, entendit prononcer contre elle la peine capitale, elle se tourna vers un de ses défenseurs: (c La mort n'est rien, lui ditelle; l'essentiel est de sauver son âme. Que je sauve la mienne, je me moque du rester».

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