CHAPITRE VIII
de mysticisme. Il est rare que leurs attentats se concentrent sur un seul individu; ils souillent d'habitude un grand nombre de victimes, et presque simultanément. On éprouve moins de surprise à voir ces hommes, surtout s'ils appartiennent aux classes élevées, rechercher les vêtements de femmes, les uniformes brillantes, aller chargés de joyaux, le cou découvert, les cheveux frisés; et associant à leurs habitudes dépravées un goût artistique exquis, faire collection de tableaux, de fleurs, de statues, adorer les parfums, comme si, par un espèce d'atavisme, ils réunissaient en eux les vices et les mérites de la Grèce antique. La plupart sont honnêtes, se sentent coupables à leurs propres yeux, luttent, longtemps, contre leur passion honteuse, la regrettent, la déplorent, essaient de la cacher. Ceux de basse condition, au contraire, vont couverts de haillons, préfèrent aux parfums les plus subtils les odeurs nauséabondes, se donnent des prénoms de femmes; ils s'emploient aux vols les plus audacieux, aux meurtres les plus atroces (Montely), aux chantages, triste invention de Lacenaire, qui se perpètrent en plein Paris, et dont les auteurs sont connus sous les noms d'outils, àe tantes, etc. (V. Tardieu, 1. c). Nous en trouverons un exemple dans notre argot italien. (V. ch. suiv.).
9. — Violateurs. — Parmi ceux qui se livrent à ce crime, un grand nombre ont les lèvres épaisses, les cheveux abondants et noirs, les yeux clairs, la voix rauque. La plupart du temps ils sont à demi-impuissants et à demi-fous; leurs parties génitales sont tantôt atrophiées, tantôt d'un volume énorme, leur crâne est de forme anormale; il n'est pas rare d'en voir de goitreux, crétins, bègues ou rachitiques.
10. — Voleurs. — Comme les filles, les voleurs ont la passion des habits à couleurs voyantes, jaune ou rouge, bleu, des breloques, des chaînes (1), des boucles d'oreilles; ils sont les plus ignorants et les plus crédules de l'espèce. Presque toujours sans courage et craignant d'être pris sur le fait, ils font entendre des paroles sans suite, profitent de la plus légère circonstance pour changer la conversation, se lient avec le premier venu et lui font des confidences, pourvu qu'il parle l'argot et leur paraisse digne d'être leur collègue; ils croient aux songes, aux présages, aux jours néfastes. Il n'est pas rare de les voir affecter à des amours romanesques; mais plus souvent ils ont un goût particulier pour les prostituées, leurs alliées naturelles. Yidocq a dit: « Quiconque vit avec les prostituées est un voleur, s'il n'est un espion y>. Ils cherchent à s'associer toujours en bandes pour exercer leurs exploits ; par dessus tout ils aiment le bruit et les clameurs des grandes villes; sortis de là, ils sont comme le poisson hors de l'eau. Incapables d'un travail assidu, menteurs effrontés, ils sont moins que tous les autres susceptibles de s'amender, les femmes surtout, qui joignent presque toujours à leur métier celui de courtisanes.
(1) Telle est la passion de leurs femmes pour les robes galonnées d'or, que, lorsqu'elles en manquent, elles s'appellent « femmes libres, » c'est-à-dire, tombées dans la misère (Vidocq, Sur les mo^jens de prévenir les crimes, 1846). — Quant à la facilité avec laquelle ils se reconnaissent entre eux, le même auteur a remarque qu'en 1815, avec les Alliés, accoururent de nombreux voleurs, jusqu'à des Eusses et des Calmouks; et qu'en peu de jours ils s'étaient liés avec ceux de Paris et étaient devenus leurs complices. — Moi-même je sais que des voleurs, partis de Turin pour Vienne et Paris, n'ont pas tardé à se lier également avec les voleurs allemands et français et à travailler avec ciix , avant môme de pouvoir parler leur langue.