CHAPITRE VIII
a. — Escrocs. — Ceux-ci, comme les joueurs (et sou- Ycnlils s'adonnent, eux-mêmes au jeu), sont superstitieux, spirituels, lascifs. Plus capables que les autres criminels d'une bonne action et aussi d'une pire, bigots et hypocrites, avec un air doux, bienveillant, vaniteux et par cela même prodigues d'une richesse mal acquise, ils sont Irès-souvent fous ou simulent la folie; souvent même, on trouve les deux cas réunis en eux.
12. — Assassins. — Les assassins, avec les étrangers, affectent des manières douces, compatissantes, un air calme; ils ne sont guère adonnés au vin, mais beaucoup au jeu et aux amours charnelles; entre eux, ils se montrent audacieux, arrogants, se targuent de leurs crimes, où ils développent souvent, plus d'audace et de force musculaire que de véritable intelligence. Ce qui paraît en eux une grande habileté n'est la plupart du temps que le résultat de la répétition des mêmes actes. Boggia se fait livrer une procuration par sa victime, la conduit au grenier ou à la cave, et la tue, toujours d'un seul coup. Dumollard promet une place à des bonnes d'enfants, les conduit dans un bois, les dévalise, les tue et les enterre. Soldati attire également ses victimes dans un bois, les viole, puis brûle leur cadavre.
K Une particularité curieuse aurait été aperçue de Claude (vi, 108) chez les assassins: celle d'être, en dehors de leurs mauvaises occupations, les hommes les plus gais du monde, et de rechercher, par dessus tout, la société des gens de théâtre )>.
13. — Paresseux et vagabonds. — Le paresseux et le vagabond, écrit M. Locatelli dans son livre déjà cité,
est presque toujours d'humeur gaie et joyeuse; aussi, dans les prisons, les voleurs et les assassins en fontils leur bouffon de prédilection. Il est communément sobre et de tempérament calme, fuit les altercations bruyantes et, par dessus tout, les rixes où le sang coule. J'en ai vu qui avaient été condamnés des dizaines de fois, que le spectacle quotidien des misères et des scélératesses humaines avait endurcis, frissonner au récit d'un assassinat et en condamner l'auteur ouvertement et avec vivacité, en pleine prison, au risque d'avoir à s'en repentir. — Dans l'échelle du crime, il est bien rare que ces gens-là dépassent le premier degré;, ce n'est pas qu'ils se préoccupent de l'opinion publique, ils savent trop bien qu'elle les réprouve; mais leur esprit éprouve une vraie répugnance à offenser grièvement les personnes ou la propriété.
« Je ne me rappelle pas qu'aucun vagabond ait fait valoir, pour sa justification, le manque de force musculaire (sauf dans les cas de maladie); tous, au contraire, ou presque tous, invoquent, pour s'excuser, la difficulté de trouver de l'ouvrage, de pouvoir exercer leur métier. — Nombre de ceux que leur oisiveté a fait admonester abhorrent le travail, et cela, non à cause: de la fatigue matérielle , mais parceque l'uniformité des mouvements musculaires, à laquelle condamne la division du travail dans les grandes manufactures, leur cause un ennui insupportable. Plusieurs d'entre eux, plutôt que d'exercer le métier qu'ils ont appris, exposent leur santé et leur vie dans les entreprises les plus périlleuses.
« Ils ne sont pas d'ordinaire susceptibles de violentes passions érotiques, de ces passions qui ont le pouvoir