CHAPITRE viir
d'entraîner au crime les malfaiteurs véritables» (Loca- TELLI, 1. c).
M. Mayhew distingue parmi les mendiants: les marins, les soldats, ceux qui exhibent de faux papiers, ceux qui simulent une maladie ou le mutisme.
Le besoin de ne pas se fatiguer, la gaîté folle et comme artistique qui forment leur caractère, font de ces hommes des inventeurs de métiers étranges, que personne, en dehors d'eux, ne saurait imaginer, parceque personne n'a leur ingénieuse paresse. J'en ai vu un qui faisait profession de se donner à lui-même des soufflets si retentissants, qu'on eût dit les éclats d'une querelle: cela attirait la foule, mais aussi et surtout les gendarmes. Un autre est culotteur de pipes, coloriste de lapins; un autre, encore, dresse des puces et des rats. Il y en avait un qui prétendait avoir 27 professions; il était décrotteur, chiffonnier, commissionnaire, crieur public,, etc. — De telles gens sont les puristes de l'argot.
•14. — Criminels de génie. — On ne peut toutefois nier qu'il n'y ait eu, çà et là, des criminels doués d'un génie véritable, des hommes qui ont créé de nouvelles formes du crime, de vrais inventeurs du mal.
Assurément, c'était un homme de génie que ce Vidocq, qui parvenait à s'évader une vingtaine de fois, et à faire tomber aux mains de la justice plusieurs centaines de scélérats, et qui a su nous retracer, dans ses Mémoires, une véritable psychologie du crime. Il l'était aussi, ce fameux Cagliostro, qui volait et dupait princes et rois, et parvenait presque à se poser en homme inspiré, en prophète.
Ils étaient, 'aussi, doués d'un génie particulier, (mais bien plutôt de grand agilité) ce Norcino, ce Pietrotto,.
que nulle prison de Toscane ne put retenir plus d'un mois, et qui s'évadèrent après avoir prévenu leurs gardiens; et ce Dubosc qui, après sa condamnation à mort, ne réussit pas seulement à s'échapper, mais fit encore ■sortir de prison sa maîtresse.
On disait d'Hessel qu'un souffle lui suffisait pour ou- •vrir une serrure; muni d'un petit morceau de bois et d'une cordelette, il ouvrit la porte massive de sa prison. ■Gn en peut dire autant de Sheppard, d'Haggart, qui nous a laissé un manuel de son art misérable.
Pontis de Sainte-Hélène, de son vrai nom Cognard , après avoir tué son homonyme, sut le représenter avec tant d'habileté, que les parents du mort, des généraux, des ministres, s'y laissèrent prendre. Il fut nommé colonel et comblé d'honneurs; il serait mort maréchal de France, si un de ses compagnons du bagne ne l'eût par hasard reconnu.
M. Lewes cite un seul voleur de génie, un anglais, le fameux Wilde, qui sut organiser un magasin de recel sur la plus vaste échelle, dans la cité entière de Londres. Pendant 15 années, il monopohsa les produits de tous les vols, revendit les objets dérobés aux volés euxmêmes, qui les lui payaient sans hésitation et même en le remerciant. D'accord avec la police officielle, il organisa une police à lui, grâce à laquelle il faisait condamner tous les voleurs qui ne lui rendaient pas un compte exact de leurs opérations, ou qui n'appartenaient pas à sa bande, et même, trop souvent, les innocents dont il redoutait la délation. Enfin il sut, jusque dans la prison, continuer son étrange métier (1. c).
Le faussaire Sutler parvint à fabriquer, au bagne même, un décret de grâce pour son compagnon Cravet; £t celui-ci aurait été relâché, sans une circonstance