CHAPITRE VIII
action coupable est non seulement injuste et illogique, mais encore sans profit, puisqu'elle se retourne toujours contre son auteur.
La criminalité, chez les poètes et les artistes, est malheureusement plus forte. Beaucoup, parmi eux, sont dominés par la passion, qui est le plus puissant aiguillon de leur verve; ils n'ont pas, pour les retenir le critérium du vrai, les sévères déductions de la logique, dont sont armés les savants. Voilà pourquoi nous devons compter au nombre des criminels les Bonfadio, les Rousseau, les Arétin, les Ceresa, les Brunetlo Latini, les Franco, les Foscolo, peut-être Byron. Notez que je laisse de côté les temps anciens et les pays barbares, oiî le brigandage et la poésie se donnaient la main. On n'a qu'à lire, pour s'en convaincre, les poèmes sur Kaleiva Peag et Helmbrecht.
Plus criminels encore semblent avoir été Albergati, auteur comique de la plus haute aristocratie , et meurtrier de sa femme par jalousie (Masi, La vita ed i tempi di Albergati, 1882); Mureto, condamné en France pour immoralité; et Casanova, si bien doué pour les sciences mathématiques, pour les finances, les lettres, et qui souilla son beau génie par une vie de turpitudes et d'escroqueries dont ses Mémoires nous offrent le tableau le plus complet et le plus cynique.
Villon appartenait à une famille honorable; il reçut le nom sous lequel il est connu (villon, fripon, voleur) quand il devint célèbre dans la ribauderie, — où il fut entraîné , de son propre aveu , par le jeu et les femmes. Il commença par dérober des objets de peu de valeur, pour offrir un bon dîner à ses maîtresses et à ses compagnons d'oisiveté; c'était alors du vin qu'il volait. Son larcin le plus considérable lui fut inspiré par la faim,.
quand une ribaude, aux dépens de qui il vivait, selon la coutume des filous, le mit à la porte, de nuit, en plein hiver. C'est cette femme que, dans son Petit Testament, il fait héritière... de son cœur. Ainsi chassé, il s'unit à une bande de détrousseurs, alla commettre des vols à main armée, principalement sur la route de Ruel, si bien qu'enfin, arrêté pour la seconde fois, il eut grand peine à éviter la corde (Dusmi, 1. c).
Luciani en Italie, et en Angleterre Lesfrois, furent des journalistes distingués; mais il paraît que c'est l'abus de la morphine qui fit du second un assassin.
Je dois aussi constater que, parmi les assassins ou empoisonneurs célèbres, plusieurs, tels que Venosca, Lacenaire, Brochetta, d'Avanzo, de Winter, Lafarge, Barré, Lebiez, se sont élevés à une certaine réputation dans l'art de la poésie, ou pour mieux dire dans celui de la versification. — On confisqua à Fallaci un livre de vers qu'il avait composés entre deux meurtres. Ilessel trouva Bouget composant dans sa prison une tragédie dans laquelle il racontait ses aventures; cet homme regardait son cachot comme un cabinet de travail, oii il se trouvait à l'abri des distractions du monde, et renvoyait son évasion à la fin de sa tragédie.
Les artistes, plus encore que les gens de lettres, sont entraînés au crime; ils commettent surtout des meurtres par amour ou par jalousie de métier. Qu'il nous suffise de citer ici Cellini, coupable de plusieurs meurtres et peut-être de vol; Andréa del Castagno, qui poignarda traîtreusement Domenico Veneziano, afin de rester seul possesseur du secret de la peinture à l'huile; le Tempesta, qui tua sa femme pour épouser une fille; frère Filippo Lippi, qui enleva une novice; Herrera, faux monnayeur; Andréa del Sarto, escroc; et Bonamici