‹ L'homme criminelChapitre 223 sur 315 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

crochet, d'innexion, à presque toutes les lettres, qui rappelle la conformation particulière de ses doigts. On retrouve ce caractère chez un pillard émérite (60) et chez d'autres voleurs (39, 54 et 62).

Sur 106 écritures de voleurs, j'en ai vu 12 qui ne présentaient rien de semblable.

Ajoutez qu'il n'est pas rare de rencontrer ces caractères chez des individus qui, au vol proprement dit, ont joint le brigandage et la débauche, comme CiboUa (54); celui-ci n'a du voleur de grand chemin que la forme gladiolée de la signature. Mais, d'un autre côté, on voit de simples voleurs (47, 64, 43) présenter les mêmes caractères que les assassins.

Quant à ceux qui se rendent coupable de viol, d'escroquerie ou de faux, je n'ai pu recueillir un assez grand nombre de documents pour les juger avec certitude. Il me semble pourtant que l'aspect gladiolé de leurs lettres, leurs finales en forme de stylet (58), le paraphe extravagant de leur signature (66, 48, 44), les rapprochent beaucoup des voleurs de grand chemin. D'après les graphologues, et je puis citer à ce propos deux exemples (53), les escrocs usent d'une écriture très-fine, comme s'ils cherchaient à rester dans l'ombre, à dépister toute recherche. — Casanova, pourtant, ne présente rien de tout cela.

L'écriture des femmes homicides ressemble beaucoup à celle des assassins du sexe fort (V. celle de la Trossarcllo, n° 57). En général, toutes se rapprochent de la forme virile. On observe d'ailleurs la même chose pour les honnêtes femmes douées de quelque énergie. — La Raffaella Âmata, condamnée pour meurtre, était un mâle hypospade que l'on avait pris pour une femme et élevé en conséquence. Son écriture est une écriture d'homme.

Tous ces données j'ai pu récemment les confirmer expérimenlalemenl; selon la méthode de Richct et Burot (Biillei. de la Soc. dePsychoL, 1886^, j'ai suggestionné par l'ipnolisme un jeune homme de mœurs irréprochahles d'être un brigand et son écriture a changé tout-à-fait, avec des lettres grossières, larges, et des énormes t, tout-à-fait comme dans celle de Boggia. (Voir Archivio di psicli., Vil, 3, pl. 4° et 5°).

3. — Comparaison avec les fous. — Ces données, je l'avoue, n'ont de l'importance, que quand on les compare avec celles fournies parles fous. Ces derniers se distinguent nettement des malfaiteurs, surtout des voleurs de grande chemin. Les fous, généralement, à moins qu'ils ne soieiît monomanes, ont une écriture peu déliée, déformée par des griffonnages, empâtée, inégale, avec des majuscules là où il faudrait des minuscules, des lettres tantôt d'une longueur démesurée, tantôt ridiculement petites , et jamais de dimension égale. Quelques-uns se distinguent par la manie de mettre des points sur toutes leurs lettres, ou entre chacune d'elles; plusieurs monomanes, et en particulier tous les fous ou demi-fous que j'appelle littéraires, parcequ'ils griffonnent chaque année des volumes, tous, dis-je, ont coutume de souligner un grand nombre de mots ou de les écrire autrement que les autres et de les tracer avec un soin exagéré, pour imiter l'écriture imprimée. Dans les écrits des paralytiques et de beaucoup de ceux que l'hypocondrie a brisés, on observe que les premières lettres de chaque mot sont à peine distinctes, les dernières indéchiffrables, et que toutes sont tremblées et incertaines, souvent précédées de signes informes, tracés par une plume hésitante. Les r et les t, chez les hommes frappés de

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