CHAPITRE XI
d'escrocs et de vagabonds de l'Italie centrale, et dont les plus curieux sont les testateurs, qui feignent demourir en laissant leurs biens à d'autres; les affarfanli, qui feignent d'avoir à expier de grands crimes par des pénitences cruelles; les /bmig'O/i, faux soldats revenant de fausses expéditions en Palestine; les sbrisci, qui vont tout nus, feignant d'avoir été pris et maltraités par les Turcs; les ruffili, faux incendiés qui prétendent avoir dû quitter les ruines de leurs maisons. A ce livre, dans l'édition Ilalia, (Didot, 1860), ont été ajoutés six petits poëmes écrits dans l'argot toscan, que je crois de la même époque. Un de ces poëmes traite précisément da l'argot; en voici le début:
Par les médecins des filous, le contre-point (l'argot J
Fnt inventé, pour qu'ils pussent chanter CparlerJ entre eux.
Un petit poëme, fort leste en argot milanais, a été publié par M. Biondelli. On ne les édite que trop par milliers, ces histoires de brigands, à couverture rouge, dans cette espèce de bibliothèque anonyme qui, sans grand profit pour le peuple, et plutôt à son grand dommage, continue, grâce à l'imprimerie, cette œuvre à demi historique, à demi fantastique, autrefois composée des chants des poètes cycliques, et plus récemment de ceux des Klephtes grecs.
Il n'est pas de procès, pas de crime sortant de l'ordinaire, qui n'aboutisse à une complainte. J'en ai de Verzeni , de Martinetti , d'Agnoletti, de Norcino, de Guicche, de Chiavone, de Nuttoni, de Mastrilli, de Porcia, de Marziale, de Lucchini.
En somme, sur 92 complaintes ou historiettes éditées en feuilles volantes que j'ai pu acheter sur lesplaces publiques, et dont la plupart sont composées
dans un de nos dialectes, j'en ai compté 20 qui se rapportaient à des crimes ou à des vols; 14 étaient en vers, 6 en prose.
2. — A côté de cette littérature criminelle, œuvre du peuple, il en existe une autre, plus curieuse encore, qui émane directement des prisonniers : elle est le produit de leurs longs loisirs, de leurs passions mal contenues. Les poèmes de ce genre sont fort nombreux en Espagne, plus encore en Russie, où le peuple les chante même en dehors des prisons. Tels seraient ceuxci, que M. Hepworth Dixon dit avoir entendus; (Free Russia, London, 1869);
Que peut me rapporter ma bêche?
Si mes mains sont vicies, si mon cœur est souffrant, Un couteau ! un couteau ! Mon ami cle brigandj est dans la forêt.
Je pillerai le marchand dans sa boutique, Je tuerai le noble dans son château, J'enlèverai de l'eau-de-vie et de belles filles, Et le monde m'honorera comme un roi.
Et ceux-ci, entendus par l'auteur des Prisons d'Europe ^dans une prison russe:
Dans ce lieu où l'infamie a placé A toujours sa demeure, deux anges halètent
Ayant dans leurs mains une croix Mais, la nuit,
A pas mesurés, lentement, lentement, Tournent, surveillant la prison, les sentinelles. Derrière ces murs est la tristesse, est la terreur.
Dehors sont la vie, l'or et la liberté
Mais de ce pas lent, lent, le noir Echo m'avertit: Toi reste! reste!
C'était un criminel féroce, assassin de sa femme, qui avait dicté ces vers et les chantait de la voix la plus douce; (Revue britann., 1876).