CHAPITRE XI
Et. Dostoïewski dans ses Souvenirs de la maison des morts \SSQ ajoute : « Ce que l'on chantait dans les prisons deSiberie surtout, c'étaient les chansons dites des forçats. L'une d'elles toute umorislique, raconte comment un homme s'amusait et vivait en seigneur, et comme il avait été envoyé à la Maison de force, il épiçait son bla-manger de Chianpagne, tandis que maintenant
On me donne des choux à l'eau
Que je dévore à me fendre les oreilles.
» Une autre chanson encore plus mélancolique, mais dont la mélodie était superbe, se chantait sur des paroles fades et assez incorrectes, dont voici, quelques fragments :
Mon regard ne verra plus le pays où je suis né ;
A souffrir des tourments immérités Je suis condamné toute ma vie.
Le hibou pleurera sur le toit Et fera retentir la forêt.
J'ai le cœur navré de tristesse, Je ne serai pas là-bas.
» On la chante souvent, mais non pas en chœur, toujours en solo. Ainsi, quand les travaux sont finis, un détenu sort de la caserme, s'assied sur le perron; il réfléchit, son menton appuyé sur sa main, et chante en traînant sur un fausset élevé. On l'écoute, et quelque chose se brise dans le cœur. II y avait de belles voix ».
Les chants de cette nature sont rares dans l'Italie continentale. On les trouve un peu plus répandus dans les îles, en Sardaigne, en Corse. Ils abondent en Sicile.
En effet, dans les chants vénitiens, que j'ai étudiés en m'aidant des critiques et des recherches de MM. Pitré(l) etBernoni (Canli Pop., Venise, 1874), je n'en
(1) Rivista Europea, 1876.
ai trouvé que 3 de ce genre; l'un esl d'un Prisonnier, qui se plaint de n'avoir été visité par aucun de ses parents; un autre d'un Condamné à perpétuité, qui proteste de son innocence et pousse contre la justice des imprécations semblables à celles que nous verrons plus loin dans la bouche d'un Pavesan.
Sur iOQ poésies piémontaises et liguriennes, si l'on met à part les chants historiques des trois voleurs, — d'un parricide, — d'une infanticide, on n'en trouve que deux qui soient à moitié des chansons de brigands.
La ritournelle populaire en Toscane:
Fleur de canne, Je suis clans cette prison à cause d'une femme; J'attends que Ton prononce ma condamnation;
est le seul débris qui nous reste, dans cette contrée où la civilisation est si brillante, de ce genre extraordinaire de poésie.
Le recueil tout récent des Canti Marchigiani , dû au professeur Gian Andréa (Turin, 1875, édit. Gomparetti), renferme 1174 morceaux; c'est à peine si j'en ai trouvé -8 (0,67 0[oo)) sur le nombre, qui rentrent dans la catégorie étudiée; celui-ci, par exemple:
Fleur de grenade, La vie du pauvre bandit , Ne me la dites pas à moi qui l'ai menée; Toujours il va s'égaraut dans les balliers, Toujours il craint d'être jeté en prison. Je me sens prêt à faire une folie, Je veux tuer un abbé, et puis prendre la fuite.
Prenons, au contraire, les Chants siciliens, si pieusement recueillis par M. Pitré (Palerme, 1870-72). IVous y trouverons 41 chants criminels sur 1000, d'où il résulte que k Sicile en a une proportion de 4 0|0- — Ce :Sont, pour la plupart, des cris de vengeance, des