‹ L'homme criminelChapitre 228 sur 315 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

plaintes sur la liberté perdue, des imprécations contre ks juges ou les gendarmes:

Et ces cruels gendarmes — M'avaient recommandé : Tenez-le solidement, — Car c'est un fier scélérat.

Mais plus importantes que les autres sont ces trois chansons, qui nous niellent à nu l'âme habituée au crime: <si II est indigne de notre estime, celui qui se re- » penl et se propose d'être à l'avenir un observateur 3» des lois. Les véritables hommes ne se rencontrent pas » en tout lieu; il n'y a d'hommes rares que ceux qui, dans » le bagne, savent rire et folâtrer. Aux Assises, com- ■> ment doit-on se tenir?

Parler peu, et fixer les yeux à terre ».

Vers bien dignes de ce code de VOmertà, que nous a dernièrement révélé M. Tommasi-Grudeli. Ceux qui ■croient à la force moralisatrice du châtiment n'ont qu'à lire ce qui suit:

« Je déchirerai en petits morceaux le visage de quiconque parlera mal de la Vicaria (prison de Palerme). Celui qui dit que la prison corrige, oh! comme il se trompe, le pauvret! La prison est une fortune qui d'abord nous échoue; puis nous enseigne les bons moyens de prendre et de ne pas nous faire prendre ».

Et ceci encore :

0 douce prison, ma vie et mon bonheur ! Quel plaisir pour moi de me sentir dans tes murs ! Que l'on casse la tête à qui te décriera, Ou pensera que tu êtes la paix du cœur.

Là seulement vous trouverez les frères et là les amis, Des trésors, de bons repas, une douce existence; Hors de là vous serez toujours au milieu de vos ennemis, Si vous ne pouvez travailler, vous mourrez de faim, etc.

Ces vers, par leur cynisme, nous en rappellent d'autres composés par des prisonniers français (1), et mettent à nu Filme du malandrin, pour qui la prison est un nid. Ils justifient, en outre, nos conclusions sur la récidive (p. 422 et seqq.), et font voir les résultats que donnent les prisons quand , par un humanitarisme outré, on les convertit en des espèces d'auberges confortables.

Mais, comme tout bon sentiment n'est pas éteint dans l'âme de ces misérables, et que souvent, à travers la cupidité et la vengeance qui les dominent, reparaît l'image de l'ami ou de la mère dont on les a séparés , il peut vous arriver de rencontrer quelques couplets exhalant un parfum d'amour si suave, que, dans pareilles bouches, ils vous accablent de stupeur:

Au milieu de la place de la Vicaria Avec ses petites mains elle me fit des signes; J'ai vu que c'était ma petite mère Et que ses yeux coulaient comme deux sources; Mère, qui seule pensez à moi,

Je suis entouré de mauvais chrétiens

Nous sommes dans l'enfer, condamnés,

Et vous, tendre mère, vous exhalez en vain vos plaintes..... (Pitré).

Cette poésie pleine de tendresse suffirait à elle seule pour montrer combien est grande l'erreur de Thompson et de Maudsley, qui refusent aux criminels le sens esthétique.

(1) Ces vers, chantés en 1836 par les condamnés français au départ de la chaîne:

Renommée, à nous tes trompettes:

Dis que, joyeux, nous quittons nos foyers; Consolons-nous si Paris nous rejette; Et que l'écho répète le chœur des prisonniers : Adieu I nous bravons et vos fers et vos lois (Vidocq, 1. c).

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