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CHAPITRE XI

Vous jouissez d'une estime si grande, si grande ! (G.vlloooiiio)

Le nom seul de Gallocchio épouvantait les hommes.

Toutefois, au milieu de tout cela, on voit apparaître le sourire d'une femme, soit d'une mère, soit d'une amante.

M. Tommaseo a tenu entre ses mains un gros volume de vers dictés par le Peverone, féroce bandit qui eut le cœur de saupoudrer de poivre, après l'avoir tué, le corps de son ennemi, pour le marquer de son sceau. On y voit, mêlées à des couplets qui dénotent une cruauté implacable, comme celui-ci:

J'en ai l'espoir, Dieu permettra que je me venge ; Mon compte est tout fait:

Je serai vainqueur, tué, ou bandit;

des Strophes d'une exquise délicatesse, et qui ne paraîtraient pas indignes du doux chantre de Laure; celleci, par exemple:

Quand je te vois, quand je t'entends parler. Mon sang se glaee dans mes veines.

Mon cœur veut bondir hors de ma poitrine

Toute parole d'elle, quand elle ouvre la bouche, Attire, lie, frappe, transperce.

5. — Bien qu'il paraisse au premier abord y avoir une grande différence entre les régions insulaires et les continentales, au point de vue de la richesse de cette littérature, je ne crois pas cependant que, dans ces dernières, ce genre extraordinaire se soit perdu; les passions, l'oisiveté des détenus doivent le maintenir. Seulement, comme ici la différence est devenue plus grande dans le populaire entre les gens honnêtes et ceux qui ne le sont pas, les premiers ne collectionnent pas les œuvres des autres et, par conséquent, négligent de nous les transmettre.

Une grande partie de la littérature des prisons est en vers. Elle est l'œuvre des criminels eux-mêmes, qui ont un penchant pour la poésie, peut-être parcequ'elle est plus en harmonie que la prose avec l'ardeur de leurs passions. C'est aussi pour cela que ces œuvres portent toujours l'empreinte du moi, et retracent les sentiments douloureux de l'auteur avec une force et une éloquence extraordinaires. Corani, avant d'être pendu, déclama, du haut de l'échafaud, un poëme sur sa propre mort; le brigand Milano demanda et obtint l'autorisation de présenter en vers sa défense. Voici maintenant un morceau dicté par un cordonnier, presque illettré, détenu au bagne de San Stefano. Lisez-le; vous y trouverez, outre la preuve de ce que j'avance, un tableau du bagne aussi exact que pourrait l'être une photographie.

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