CHAPITRE XI
l'on n'avait soin de les développer sur le sol pour leur faire prendre l'air (1) ».
Abbadie, cet assassin à peine pubère, s'applique à une réforme sociale: 11 faut bien (dit-il) suivre la mode! Mais son manuscrit n'est qu'une suite ininterrompue d'imprécations contre ses juges, une apothéose de ses avocats et de lui-même.
Dans les Mémoires de Vidocq, personnage à peu près illettré, il n'y a de remarquable que la description d'une orgie. Dans ce morceau, l'homme apparaît sans voiles, et le paroxysme de la passion lui donne un moment d'éloquence.
7. — En somme, ces gens là ne sont pas des littérateurs ; ce sont des criminels à qui les misères de la prison , les tourments d'une passion victorieuse, tiennent lieu de talent, ou que la vanité a poussés h écrire leur vie.
Il y a bien, je le sais et j'en ai dit un mot précédemment, un certain nombre d'artistes et de littérateurs qui ont penché vers le crime et quelquefois s'y sont abîmés; mais le sens du droit, la pudeur du juste, dont ne manquent pas les malfaiteurs les plus vulgaires, et que ceux-ci possèdent à un degré encore plus élevé, les empêchent de laisser dans leurs œuvres une empreinte trop nette de leurs passions criminelles. Notons, cependant, que quelques peintres homicides, tels que le Caravage, Spagnoletlo, Molyn, Cloquemin (qui a peint un convoi de forçats), Lebrun, Tassi, ont aimé à reproduire des scènes barbares ou sanglantes, comme le massacre de la Sainte Barthélémy, le martyre de S. Girolamo (2),
(1) Voir pour des autres documents mes Palimpsesti del carcere, 1887.
(2) » Avec ses ombres effrayantes et ses figures où respirait la menace, il s'empara du public, etc. ». Bolleri, Viia di Caravaggio. — Steen, qui était un ivrogne, préforait, au contraire, les scènes d'orgie.
TROISIÈME l'AHTlE
le supplice d'ixion. C'est même ce goût qui a lait donner à Molyn le surnom de Tempesta.
Dan sa Vie, Cellini tente d'enjoliver quelques-unes de ses mauvaises actions, d'en excuser d'autres, en invoquant la fatalité des astres, comme on disait de son temps. En deux endroits, seulement, il se laisse voir à découvert: c'est quand, loin de repoussci' l'accusation de sodomie que son ennemi lui jette à la face, il s'en vante comme d'une marque de bon goût; et quand il laisse entendre que, pour lui, non seulement le crime n'est pas un crime, mais est chose permise. «Sachez que les hommes comme Benvenuto, uniques dans leur >art, ne sont liés par aucune loi ». Mais, là même, il a bien soin de se couvrir de l'autorité du Saint Père.
Les poésies ou les lettres de Ceresa, de Byron, de Foscolo, vous offrent quelques traces de leurs remords, de la violence avec laquelle ils ont tenté de faire disparaître leurs mauvaises passions.
Villon, poète et voleur, a peint ses deux qualités contraires dans deux de ses poésies (les Deux Testaments), et dans son Jargon ou Jobelin. Ce dernier ouvrage a été composé en argot, et les principaux personnages en sont des voleurs (éd. Morot, 1800). Il fut le premier poète réaliste; et, au sein des vices les plus honteux, il laissa percer un grand amour pour sa mère et pour sa patrie. €ondamné à mort, il écrivit, outre son Epitaphe, le quatrain suivant :
Je suis François, dont ce me poise, Né de Paris empris Pontoise.
Or d'une corde d'une toise Saura mon col que mon cul poise.
qui nous donne une preuve curieuse de l'indifférence des criminels à l'égard du supplice. — Dans son Grand