CHAPITRE II
solennellement par leurs parents eux-mêmes. (Letour- NEAU, 143).
4. — Autres causes d'homicide. — Outre le meurtre des plus faibles, le monde sauvage nous offre le spectacle de meurtres continuels d'hommes forts et adultes, soit commandés par la religion, soit inspirés par ces instincts féroces que nul frein ne retient dans l'homme sauvage.
a) Homicide par colère. — Dans le Métambo, les que-, relies conjugales finissent par le meurtre de la femme. Le mari, après l'avoir tuée, mange son cœur accommodé, avec une fricassée de chèvre. (Liyingstone, 1. c).
Les sauvages Peaux-Rouges passent de leur impassi-. bilité habituelle à des accès terribles de fureur sangui-. naire, pendant la chasse aux bisons. Dans les Criks, on observe la facilité du suicide et même de l'homicide pour la moindre contrariété. (Pérez, Psychol. de l'en-fanl. 1882).
b) Homicide par caprice. — Speke entendit un jour un roi du Kouareg ordonner à son page de tuer un de ses courtisans, dans le seul but d'éprouver la qua-lité d'un fusil qu'on lui avait donné.
Il ne se passait point de jour qu'il ne vît traîner a.u> supplice quelqu'une de ses femmes, quelquefois trois, quatre, et toujours pour des causes ridicules, pour lui avoir, par exemple, présente une fleur.
c) Homicide à propos de funérailles. — Quand un grand malheur les frappe, les sauvages ne manquent pas d'y voir un indice de la colère divine. Par suite, ils s'efforcent de l'apaiser, d'abord en s'infligeant h eux-mêmes des souffrances et des privations, puis en tourmentant d'autres personnes qui ont quelque rapport
rUEMIÈIŒ PARTIE
avec la vicliine de la disgiâce. Ainsi chez les Aclianlis, en Afrique, à la mort du roi, les fils, les frères et les neveux du défunt, en proie à une folie simulée, se précipitent hors du palais royal, et déchargent au hasard leurs fusils sur tous ceux qu'ils rencontrent. (Feuri , 1. c).
Mais c'est particulièrement dans les rites funéraires que l'homicide devient une pratique commune aux races les plus diverses; on sacrifie les femmes, les parents les plus proches, les esclaves du défunt. Bahodu, roi du Dahomey, fit égorger, lors des funérailles et, plus tard, longtemps après la mort de son père Gezo, un nombre considérable de victimes humaines. Selon Fyun, une immense foule, den'ière laquelle marchaient les légions guerrières du despote, suivit le cortège d'Unmanda, mère de Chaka, roi des Zoulous, qu'une dys-' senterie avait emportée. On vit égorger à ces funérailles; de nombreuses victimes; on y vit des soldats, dans leur' exaltation, se mutiler eux-mêmes; et cela ne cessa quelorsque 7000 corps eurent jonché le sol. Le cadavre delà vieille reine fut ensuite placé dans une fosse ouverte,, où dix des plus belles filles furent ensevelies vivantes^ avec elle. Tous ceux qui n'avaient pas assisté à ces funérailles furent poursuivis et mis à mort; on traitai de même tous les enfants nés pendant la première année' du deuil, et la plupart des auteurs de leurs jours. Peu s'en fallut que le féroce despote ne sacrifiât à sa mère? le peuple tout entier. (Hartmann, p. 159).
A la Nouvelle-Zélande, la femme qui refuse de survivre à son mari est l'objet d'une grande admiration.. Dans quelques tribus, elle est forcée de se donner lai mort; on l'étrangle sur la tombe du défunt, ainsi que:' quelques esclaves.
CIlAriTRE 11
En Amérique., les Natchez qui habitent les bords du Mississipi, étaient jadis gouvernés par un grand chef, IVère du soleil. Ses femmes, ses esclaves, devaient être immolés sur sa tombe. Au Pérou, à la mort d'un Inca, on tuait ses serviteurs, ses concubines, ses favorites; le nombre des victimes s'élevait par fois à mille.
Les Mongols ensevelissent leurs rois et leurs principaux chefs dans une vaste nécropole souterraine, et ne ménagent ni l'argent, ni les hommes. Autour du cadavre principal ils disposent, dans l'attitude méditative des adorateurs de Boudha, des enfants empoisonnés pour la circonstance, et qui tiennent, l'un l'éventail, l'autre la pipe, etc., du mort.
Il est, je crois, inutile, après cela, de rappeler le meurtre des veuves, en usage dans l'Inde.
d) Homicides ayant pour cause des sacrifices religieux. — Les homicides de ce genre se rencontrent chez presque tous les peuples barbares. A Tahiti, Bougainville a vu sacrifier à la Lune des victimes humaines. Cook a assisté à un sacrifice au cours duquel le prêtre offrit au chef de la tribu l'œil gauche de la victime; mais le cannibalisme étant tombé en désuétude, cette offrande fut repoussée, et présentée aux dieux avec le reste du corps.
Dans le Yarriba (bassin du Niger), le prêtre du Fétiche déclare, quelquefois, que son Dieu réclame une victime humaine.
Les plus aiïVeuses bouchei'ies ont lieu, de nos jours encore, dans l'Afrique centrale. « Les sacrifices humains du Dahomey et du Vieux-Calabar sont célèbres par le grand nombre des victimes immolées. Ce sont en réalité des fêtes commémoratives en l'honneur des morts. Comme, d'après leurs croyances, les mânes des aïeux
boivent le sang- répandu, ils leur en offrent le plus possible, et le nombre des malheureux sacrifiés à un roi rappelle celui des soldats sacrifiés à l'étiquette européenne dans une bataille où le monarque commande en personne.
Les tribus Indiennes Natchez du Mississipi et celles de la plaine de Bogota, sacrifiaient à leurs dieux des victimes humaines. — Au Mexique toutes les fêtes religieuses exigeaient des sacrifices semblables: des milliers de victimes étaient déchirées avec les couteaux sacrés ou jetées dans les flammes. Les moines franciscaines qui, après la conquête, s'établirent dans la Nouvelle Espagne, portent à 2500 le nombre des personnes immolées chaque année. Un Inca tombait-il malade? il offrait à la divinité un de ses fils et la priait de l'accepter à sa place.
Les Gonds, dans l'Inde, offraient périodiquement des victimes humaines à Béra, déesse de la Terre: ils lui sacrifiaient des individus enlevés aux autres tribus, mais, au besoin, ils ne reculaient pas devant le sacrifice de leurs propres enfants. Il y avait précisément une caste, celle des Pauvas, uniquement adonnée au rapt des hommes et des enfants pour fournir une proie à la déesse.
Quand les Européens arrivèrent aux îles de la Société (Polynésie), ils y trouvèrent l'usage d'apaiser les dieux par des victimes humaines depuis longtemps établi. Et cet usage s'est perpétué longtemps encore chez des peuples qui avaient atteint un haut degré de civilisation.
Les Grecs anciens calmaient les vents en leur offrant des enfants. Hérodote raconte que Ménélas s'était attiré la colère des Egyptiens pour avoir sacrifié deux enfants sur leur territoire: il avait espéré, par ce moyen, faire