‹ L'homme criminelChapitre 241 sur 315 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Testament, il dépeint la vie des prosliluées, se donne pour un souteneur, avec les détails les plus ignobles. En voici, du reste, sa morale:

Il u'est trésor que de vivre à son aise.

Mais comme cela nous est précieux, pour démontrer l'analogie qui existe entre la prostitution et le crime !

Je suis paillard, la paillarde me duit: L'ung vault l'autre, c'est à mau-cbat mau-rat; Ordure avous et ordure nous suyt, Nous deffuyons honneurs, et il nous fuyt, En ce bourdel où tenons nostre estât.

Ceresa, prêtre sodomite, peint avec de vives couleurs la lutte du bien contre le mal, et se plaint de ce que la nature a donné à celui-ci un si splendide vêtement:

Pourquoi m'avoir donné une âme.

Qui, dans un fatal conflit, Vaincue par une force indomptable, Me précipite dans le crime?

Mon cœur est séduit; ses frémissements Comment pourrais-je les réfréner.

Si de dehors si agréables Dieu a voulu revêtir le crime?

Et pourtant, quand, dans sa révolte L'argile oflense les cieux. Pourquoi le remords vient-il s'abattre Sur mon cœur pour le déchirer?

On dirait une forme d'ange Qui tournoie parmi les hommes, Une fascination irrésistible Emane de son doux regard Oh ! n'est-ce pas Dieu qui l'a revêtue D'un voile si brillant?

Quoi? le ciel voudrait imposer Un frein au cœur plein de flammes..,..? Et tandis que, solitaire.

Je m'entretiens avec mon crime, Comme la foudre sème l'épouvante !

Comme le tonnerre jette la terreur 1

Byron qui, dans deux de ses poëmes, a célébré deux incestes, se peint ainsi lui-même sous les traits de ses héros :

Toujours superbe, et refusaut De renoncer à restiinc de lui-même, 11 faisait complice de ses fautes Sa propre nature, cet embarras De cliair et d'os (Lara).

Coupable, il savait l'être-, mais les autres

N'étaient pas meilleurs à ses yeux. 11 méprisait les bons Comme hypocrites, et pensait que ces gens là, dans l'ombre , Etaient ce qu'est l'homme franc en plein midi. (Le Corsaire).

Dans son Caïn, les représentants mystiques du mal, Lucifer, Caïn, sont mis en scène avec plus de complaisance, et quelquefois semblent plus logiques que les représentants du bien. — Les chérubins sont:

des créatures

Misérables, sans force, aveugles aux rayons

De toute science qui franchit les bornes

De leur courte vue; — des créatures

Qui n'ayant sur les lèvres que des chants d'adoration ,

Croient bon ou mauvais ce qui pour bon

Ou pour mauvais fut donné à leur faible

Nature.

Au contraire, les démons s'intitulent:

des esprits superbes,

Qui ne craignent point d'abuser De notre immortelle natui-e, ni, d'élever leurs regards Contre l'oppresseur tout puissant, et de lui dire : Le mal que tu nous infliges n'est pas juste.

Mais ce sont là des éclairs rapides; s'ils peuvent convaincre d'erreur ceux qui nient au criminel le sens esthétique, il faut pour les découvrir de grands efforts et la loupe d'un érudit.

Si Foscolo, dans son Orlîs, dans sa Ricciarda, et dans son Tieste, nous dépeint la violence de ses passions et

Page 1