CHAPITRE XI
5e complait, trop souvent, dans la pcinliire du crime, du vol et de l'adultère; s'il donne, souvent, h ses personnages sa personnalité grande, mais perverse, qui, de son propre aveu, est portée vers le mal, il est le premier à s'irriter quand il voit qu'on le prend trop à la lettre et qu'on met en pratique ses maximes mauvaises.
8. — On ne peut, donc, affirmer positivement que ces gi'ands hommes aient terni la pureté de l'art par les souillures de leur âme. Des bas fonds du monde où se parle l'argot, au sommet de la république des lettres, s'étend toujours un abîme. Ce n'est que dans ces derniers temps, grâce à Balzac, à Victor Hugo, à Dumas, à Sue, à Gaboriau, à Zola, que ce ti'iste miasme du bagne et du lupanar, digne conjoint du bagne, a essayé de pénétrer dans la littérature. Mais c'est là un phénomène isolé, qui ne saurait durer; levain plaisir, la saveur acre et nouvelle que provoquent des ordures pareilles, doivent rapidement s'efîacer devant le mépris qu'elles font naître, même dans les esprits les moins scrupuleux. — En tout temps l'art aima à planer dans les régions pures et sereines; et cela avec d'autant plus d'ardeur qu'il voyait autour de lui un plus grand contraste.
9. — Les productions littéraires des fous ressemblent, dans les tendances autobiographiques, dans la vivacité des plaintes, dans les petits détails, à celles des criminels. Mais elles les surpassent souvent par une éloquence brûlante et passionnée, qui ne se [voit que dans les œuvres des hommes de génie. Elles sont, en outre, empreintes de moins de légèreté, d'une plus grande originalité de forme et de fond, quand elles ne se per-
dent pas dans les jeux de mots, les rimes, les homo^ phonies, toutes choses que les fous recherchent (1)) etpar lesquelles ils ressemblent aux criminels.
(I) On eu peut voir des exemples dans mon livre intitulé Genio e' Follia, lY» éd., Turin, 1882, p. 122 et seq. ; dans le Biario del Manircomio di Pesaro, 1872, p. 52, 73, dans les Biari del Manicomio di Siena, di Ferrara, di Ancona, di Colorno, di Napoli (Fleurent), 187&-- 77, et surtout di Fermo, janvier, 1878.