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CHAPITRE Xll

Associations de malfaiteurs.

i. — Brigandage , mafia et camorra. — Les associations illicites sont un des phénomènes les plus importants du triste monde du crime; d'abord, parcequ'on voit se vérifier dans le mal la grande puissance que donne l'association; en second lieu, parceque la réunion de ces âmes perverses engendre un véritable ferment malfaisant qui , faisant pulluler à nouveau les vieilles tendances sauvages qui sont dans l'homme, les renforçant par une sorte de discipline, et par cette vanité du crime dont nous avons déjà parlé, fait commettre des atrocités auxquelles répugneraient la plupart des individus pris isolément.

Tout naturellement, les associations de ce genre sont surtout nombreuses là oii abondent les malfaiteurs, dans les grandes villes. On remarquera toutefois que, dans les pays les plus civilisés, elles sont moins solides et moins sanguinaires et se transforment en sociétés équivoques de politique ou de commerce.

Le but des associations de malfaiteurs est presque toujours de s'approprier le bien d'autrui. Ils se réunissent en grand nombre pour offrir une résistance plus forte à l'action des lois. On a vu se former des sociétés d'avorteuses, d'empoisonneurs; on en a souvent observé qui tendaient au but le moins présuraable, depuis la pédérastie, qui donnait au vice les apparences de la

vertu la plus délicate, jusqu'à l'homicide accompli sans aucun désir de lucre, pour le seul plaisir de voir couler le sang, comme dans la bande des meurtriers de Livourne, enfin jusqu'au cannibalisme et au viol inspiré par le fanatisme religieux, comme chez les sectaires russes.

2. — Sexe, âge, profession, etc. — La condition des malfaiteurs réunis en sociétés correspond, comme il est bien naturel, à celle du plus grand nombre de criminels. Le sexe masculin l'emporte de beaucoup; on ne peut citer qu'à titre exceptionnel des bandes commandées par une femme; celle de Louise Bouviers, par exemple, qui dirigeait, en -1828, une quarantaine de voleurs. Le cas de femmes qui s'unissent entre elles pour voler est encore plus rare; je ne connais qu'une bande de cette espèce : celle qui , formée de voleuses et de prostituées, avait à sa tête l'ex-vivandière Lina Mondor.

Chez les femmes, toutefois, qui, nous le verrons plus loin, inclinent davantage aux crimes domestiques, prédominait, à une certaine époque, tant à Rome qu'à Paris, l'association pour empoisonnement. Les femmes n'entrent, d'ailleurs toujours, que trop dans les bandes de malandrins, à qui elles servent de recéleuses, d'indicatrices, ou de maîtresses.

Les associations de malfaiteurs se composent, presque toujours, de jeunes gens. Sur 900 brigands de la Basilicate et de la Capitanate, on en comptait 600 âgés de moins de 25 ans (Pani-Rossi); presque tous étaient célibataires, beaucoup enfants naturels, comme Tardugno, Coppa, Masini, etc.; sans instruction, gens de métier ou paysans, bpuchers, bergers, anciens militaires, en un mot, exerçant une profession manuelle ou le métier .des armes.

CIIAriTRE XII

Ce n'est, guère, que dans les grandes villes que l'on peut voir des sociétés ci-iminelles composées de qens ayant reçu de l'instruction. La bande Coulin était composée de merciers, de peintres, de concierges; Cartouche, Lacenaire, Teppas, chefs de bandes à Paris, étaient de bonne famille. On a vu à Paris la bande dite des habits noirs, dont les membres étaient vêtus à la dernière mode. Elle était commandée par un ancien officier, Mayliatt, joyeux convive et poète à ses heures; elle comprenait des huissiers, des souteneurs, des courtiers et des comtes en déconfiture. — La bande Mallet (1845) était dirigée par un capitaine de la garde nationale. — Celle de Mayence avait pour chef un exséminariste qui savait le latin et le grec. — La bande Graft se composait de gros négociants. — On a vu à Palerme des propriétaires, des prêtres mêmes, se mêler à des malandrins. Il n'est pas rare de voir des associations criminelles se former au sein de sociétés honnêtes, dans celles de secours mutuel, par exemple, comme à Ravenne et à Bologne (Paggi); ou bien entre les ouvriers d'un même atelier, qui se laissent séduire et entraîner par un camarade ou par leur chef. C'est ainsi que Prout, employé comme secrétaire dans une manufacture d'armes, put organiser sa bande; c'est ainsi, également, que se forma une société de chourineurs parmi les cordonniers de Livourne.

3. — Organisation. — On a remarqué, que beaucoup de ces bandes, tout en se montrant ennemies jurées de l'ordre el de la société, présentent une espèce d'organisation sociale. Presque toutes ont, pour exemple, un chef armé d'un pouvoir dictatorial; et ce chef, comme ceux des tribus sauvages, doit son autorité bien

plus h ses qualités personnelles qu'à l'assenliment d'unefoule turbulente. Toutes, aussi, se ménagent au dehors des affiliés, des protecteurs pour les jours de danger. Quelquefois, dans les bandes nombreuses, on observeune véritable subdivision du travail: il y a un bourreau, un maître d'école, un secrétaire, un commis-voyageur, quelquefois même un curé et un médecin. Toutes ont une espèce de code, ou de règlement, qui n'a pas, presque jamais (Abbadie fait exception, mais c'était un demi-farce) à la vérité, d'auteur connu, qui s'est formé spontanément et dont les articles ne sont pas écrits, mais, qui est respecté à la lettre et par le plus grand nombre.

Les bandes de Sicile, par exemple, celles du Pugliese ou du Lombardo pour admettre un homme à chevaucher (c'est-à-dire à voler en compagnie), exigeaient de nombreuses épreuves, et l'assentiment de la majorité. Un de leurs membres venait-il à transgresser les lois qui les régissaient, on le mettait à mort; mais, auparavant, on lui faisait la cause; un honmie de la bande exerçait les fonctions d'accusateur public, les chefs celles de juges, et le coupable prétendu pouvait se défendre, bien que, à vrai dire, la sentence fût toujours également défavorable.

Un des plus graves méfaits punis par ce code était de voler pour son propre compte, sans en faire part à la société; venait ensuite la révélation d'un crime commis avec des complices. Cela est si vrai, qu'on a vu Pugliese, aux Assises, s'excuser de ne pas connaître les méfaits de ses compagnons: il n'aurait pu s'en informer, disait-il, sans manquer à la loi.

Les chourineurs de Ravenne avaient une espèce de hiérarchie; à l'instar des caniorristes, ils donnaient à

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