‹ L'homme criminelChapitre 244 sur 315 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

leurs chefs le nom de maîtres, et, avant de délibérer sur une entreprise nouvelle, prêtaient serment sur un poignard; souvent, avant de commettre un meurtre, ils prévenaient leurs victimes par des menaces symboliques. Ainsi faisaient encore les chefs dos balle de Bologne.

La bande de Mayence se subdivisait, dans ses entreprises, en groupes de cinq membres au plus; tous participaient au butin, même les absents. Chacun des coups était préparé par un recéleur (Kochener) d'après les avis fournis par des espions toujours en éveil. Le chef, après en avoir pris connaissance, rédigeait le plan, qui était exactement suivi. Ils devaient s'en tenir à l'or et aux bijoux, et ne se rabattre sur les naarchandises qu'à défaut d'autre chose. En outre, ils ne devaient pas commettre de vols dans leur localité, car il fallait se ménager un domicile sûr; il leur était même enjoint de dénoncer ceux qui enfreindraient cette loi. S'il leur arrivait d'être mis en prison pour une cause légère, ils devaient avoir la précaution de cacher des clous et des limes dans les fentes des murs; cela pouvait leur être utile plus tard. Quand ils marchaient en nombre avec leur butin, les femmes tenaient la tête de la colonne et portaient des paquets simulant des enfants à la mamelle. — Dans la bande do Schwarzmûller (avec 150 membres) chacun avait un manuel d'action, un dictionnaire d'argot et sa tâche particulière; les uns faisaient les épileptiques, les autres les fous, les muets (Avé-'Lalle- MANT, IJeber die Gaunerlhum, 235).

4. — Camorra. — L'organisation criminelle la plus complète nous est offerte par l'association, qui domine dans les murs de Naples sous le nom de Camorra. La

camorra se constituait partout où se trouvait un certain nombre de prisonniers ou d'anciens détenus. On formait de petits groupes indépendants les uns des autres, mais néanmoins soumis à une hiérarchie qui subordonnait, par exemple, les centres des prisons de Naples à ceux de Castel Capuano, et ceux-ci au bagne de Procida. On y comptait divers grades (1).

Le picciollo, (enfant), aspirant, ne devient picciotto di sgarro qu'après avoir prouvé qu'il a du courage et qu'il sait garder un secret. Il devait pour cela blesser ou tuer celui que lui désignerait la secte; si les victimes manquaient, il s'escrimait au couteau, faisait une tirata, avec un de ses futurs collègues. C'est justement comme dans les épreuves pour la virilité des jeunes sauvages (V. Part. P). Au temps passé, l'épreuve était plus difficile. Le candidat devait enlever une pièce de monnaie pendant que les camorrisles s'efforçaient de percer cette pièce avec leurs poignards. On parle encore d'autres épreuves analogues à celles des francs-maçons, de coupes empoisonnées qu'ils devaient approcher de leurs lèvres, de saignées, etc. Je ne sais ce qu'il y a de vrai dans tout cela; mais, à coup sùv, de telles épreuves ont depuis longtemps disparu.

Le picciotto subissait un noviciat de deux, trois, et quelquefois huit années. 11 passait ce temps au service d'un camorrisle, qui lui confiait ses affaires et les entreprises les plus fatigantes et les plus périlleuses, lui donnant de loin en loin quelques sous, par charité. Quand il avait commis un méfait considérable, ou que, à force de zèle et de soumission, il avait conquis l'estime du chef, celui-ci réunissait rassemblée, exposait

(1) Voir, pour des détails plus complets, l'appendice Sulla Camorra,

vol. III».

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