‹ L'homme criminelChapitre 245 sur 315 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

les titres du postulant, et, après délibération, le faisait recevoir camorriste. Le nouveau membre renouvelait la timla en présence de l'assemblée, et jurait sur deux poignards mis en croix d'êlre fidèle à ses coassociés, de se montrer en tout ennemi de l'autorité, de n'avoir aucun rapport avec la police, de ne point dénoncer les voleurs, mais de leur porter au contraire une affection particulière , commue à des gens qui exposent continuellement leur vie; le tout finissait par un banquet. Chacun pouvait monter en grade en défiant un supérieur à la tirata, et en le tuant ou lui faisant une blessure grave. Les camorristes qui, à leur tour, se subdivisaient en simples affiliés et en propriétaires (ceux-ci étaient les vétérans, les sénateurs de la bande), élisaient parmi les plus courageux ou les plus riches un chef qui s'appelait Masto, Maestro (maître), ou Si (oui).

Celui-ci ne pouvait prendre de détermination importante sans consulter les électeurs qui, réunis en assemblée, discutaient le plus gravement et le plus correctement du monde, sur les plus petites choses comme sur les questions de vie et de mort. Il était assisté d'un comptable, contarulo, d'un trésorier, capo carusiello, enfin d'un secrétaire choisi parmi les moins illettrés de ses hommes. Il devait indiquer les marchandises de contrebande, régler les litiges (et il avait pour cela toujours trois armes sur lui ou dans un coin), proposer aux assemblées des punilions (qui variaient de la privation partielle ou totale du bulin, à la flétrissure et à la mort), ou la grâce, alzata di mano (acclamation a main levée), accordée généreusement dans les circonstances heureuses. Mais la partie la plus importante de sa charge était de distribuer chaque dimanche la camorra, ou barattolo (petit pot), ou sala (petite tranche).

C'est ainsi qu'ils appellent le produit de leurs extorsions régulières sur les maisons de jeu, les lupanars, sur les marchands de pastèques et de journaux, les voiturins, les mendiants, le sang, la peau et les os des animaux, et enfin sur les messes et sur les prisonniers, qui furent leur premier champ d'exploitation et four- , nissent, encore, le meilleur de leur revenu. A peine entré en pi'ison, le pauvre diable devait payer ce que l'on appelait VImile pour la madone; il donnait ensuite le dixième de ce qu'il possédait, et payait enfin pour boire, pour manger, pour jouer, pour vendre, pour acheter, pour doi'mir sur une couche moins dure. Les plus pauvres étaient ruinés par ces extorsions: ils se voyaient forcés de vendre la moitié de leur ration, le peu de vêtements qu'ils avaient sur le dos, s'ils voulaient fumer' une pipe ou faire une partie; s'ils ne voulaient pas. jouer, on les y contraignait, car le jeu était le principal revenu du camorriste, qui gagnait ainsi des deux côtés. — Oh! disait l'un d'eux, nous savons extraire l'or de* la vermine. — En effet, sous les Bourbons, ils faisaient t fortune, en forçant les gens timides à acheter des portraitsdu roi; depuis 1866, ils offrent leur protection, moyen-nant finances, aux partisans des Bourbons et à ceux quii aspirent à des fonctions administratives ou politiques..

Leur code, sans être écrit ni même formulé, n'eni était pas moins suivi avec la plus grande exactitude. Le camorriste ne pouvait tuer un collègue sans l'autorisation des chefs; il est vrai qu'en revanche il pouvait faire disparaître tout autre individu, surtout quand i\. s'agissait d'une vengeance, non seulement sans permission, mais avec l'espoir d'avancer en grade et d'établir sa réputation. 11 ne devait pas avoir de rapports avec

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