‹ L'homme criminelChapitre 246 sur 315 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

I;i police: il pouvait suspendre un inférieur pour une durée de 5 à 18 jours. Etait condamné à mort quiconque trahissait la société, ou tuait ou volait sans l'ordre des chefs; ou dérobait une partie du barailolo, (à moins qu'il ne rendit la somme avec l'intérêt); ou violait la femme d'un chef; ou refusait de commettre un meurtre quand il en avait reçu l'ordre; ou tentait de changer Jes statuts de l'association; ou se montrait lâche, auquel cas tout sociétaire, fût-il le dernier, avait le droit de le frapper, pourvu qu'il le fît en présence de deux lémoins. Dans les autres cas, la société se réunissait pour •prononcer le jugement. Avait-on conçu des doutes sur la fidélité d'un collègue? Avant de le condamner on lui •envoyait un plat de macaroni; s'il refusait d'en manger (va sans dire par crainte du poison), on acquérait la •certitude de sa faute et l'on prononçait sa condamnation. La sentence était prononcée solennellement, et le sort désignait le picciotto (novice) qui devait l'exécuter. Quelquefois on choisissait deux hommes: l'un pour ■commettre le meurtre ou frapper le coup prescrit, l'autre pour en endosser la responsabilité et en subir la peine. tCe dernier était sûr d'obtenir de l'avancement; on lui faitsait la réputation d'un héros, d'un martyr de l'honneur.

On aurait peine à croire avec quelle ponctualité de telles sentences sont exécutées, et subies, ce qui paraîtra plus extraordinaire encore (1).

(1) La preuve en est dans le fait suivant, qui se produisit en 1876, parmi les détenus de la forteresse d'Ischia, et qui prouve: 1' l'utilité de l'internement pour l'extirpation de la camorra; 2" l'extension extraordinaire de cette secte dans les prisons, même hors do Naples.

Un jour, Giuseppe de Liberto vint, en gémissant et tout hors de lui, faire au gouverneur du château la déposition suivante:

« Dans la partie du château afifectée aux déportés, s'est établie depuis •quelque temps la camorra, et, pour mon malheur, je m'en suis trouvé

Je dois h un de mes bons amis de Naples la preuve suivante. Uu camorrisle avait reçu du chef l'ordre de tuer son ami le plus cher; désolé, mais ne songeant point à désobéir, il va lui en porter la nouvelle; la victime ne demanda qu'une chose comme faveur suprême, c'était qu'on lui laissât le choix du genre de mort. C'était l'année du choléra: le fer lui faisait peur, il aima mieux se jeter sur un lit où un cholérique venait d'expirer. Les croquemorts arrivent, le prennent pour le défunt, l'enferment dans un sac et le jettent sur un monceau de cadavres. Il put s'en évader, et, respecté par le fléau, il vagabonda par les rues de Naples. Malheureusement il fut aperçu du chef, et, peu de jours après, le couteau d'un picciotlo mettait fin à ses jours et à ceux de son ami trop compatissant (1).

un des chefs. Parmi les lois que nous avons établies, se trouve celle d'obliger tous les détenus à nous payer dix centimes par jour. Un certain Raso n'a pas voulu s'y soumettre. Nous, chefs de la camorra, avons mis aux voix la punition qu'il convenait de lui infliger, et l'on a voté la mort. Les votes ont été unanimes; le sort m'a ensuite désigné pour frapper Raso. J'ai d'abord accepté et je devais ce matin commettre le crime. Mais, réfléchissant aux tristes conséquences d'un tel forfait, dont la cause serait insignifiante, puisqu'il ne s'agit que de quelques centimes, j'ai retenu mon bras et je suis sorti du château. Je vous supplie de m'isoler; car mes camarades, après cette trahison, me tueraient sans pitié; il suffirait même pour cela du dernier des camorristes.

» Les afliliés à la société sont au nombre de vingt-huit. Un mot d'ordre leur permet de se reconnaître dans toutes les colonies pénltenciaires : ce mot est changé tous les mois et donné par un chef suprême ».

(1) Le picciotto Tommasini avait déchargé son revolver, sans qu'il en résultât d'ailleurs aucun mal, sur le camorriste P..., qui maltraitait sa

maîtresse; il dut, pour obtenir son pardon, baiser publiquement le

de l'homme qu'il avait offensé. Un certain Filadelfia, qui s'était contenté de murmurer contre le même camorriste, fut condamné à la même peine; il dut, en outre, couper avec un rasoir la gorge à la pauvre femme qu'il avait voulu protéger par ses discours. — Et cela en ISSU

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