CHAPITRE XII
Et ce n'est pas seulement à Naples et dans la Fouille que cela arrive, mais à peu-près dans toutes les prisons de l'Italie méridionale. M. Garofalo (Archivio di psichialria, vol. i, p. 373) publie la lettre d'une jeune napolitaine à son amant, détenu dans l'île de Giglio. Cette fille demande la grâce d'un prisonnier qui devait être condamné à mort par la camorra pour avoir refusé sa contribution; et le détenu, du fond de sa prison, lui accorde cette grâce avec une majesté olympienne.
Entre sociétaires, tout différend devait cesser à l'intervention d'un tiers, qui en référait au chef; celui-ci prononçait en arbitre. Toutefois, quand la sentence ainsi rendue ne satisfaisait point les adversaires , ils étaient libres de recourir aux armes.
Le camorriste, après cela, était le juge naturel de ses compatriotes, surtout en ce qui concernait le jeu ou les querelles; il maintenait l'ordre dans les maisons de prostitution et dans les prisons, favorisant, bien entendu, ceux qui avaient payé la redevance. A son tour, il était comme une caisse d'épargne vivante: sur les taxes fournies par les prisonniers, il mettait de côté un bnds de réserve, qui servait à empêcher de mourir le auvre diable qu'on avait complètement dépouillé; cette esure contribuait, en même temps, à le maintenir dans ne plus grande sujétion. — Le camorriste était encore n courtier pour le petit commerce; à l'occasion, il deenait un excellent policier; après avoir dépouillé le négociant en gros, il surveillait, pour son compte, le revendeur au détail, et l'obligeait à remettre fidèlement au patron le produit de sa vente.
Les vieux camorristes et leurs veuves recevaient une pension régulière; le malade, le prisonnier, touchaient
leur part de butin, bien qu'ils ne fussent pas appelés aux délibérations de la société.
5. — Mafia. — Les bonacfii, ainsi appelés jadis à cause de leur casaque, les sgaraglioni, les spadaiuoli, ou, ' comme ils se sont appelés, paraît-il, il y a quelques années, à la suite d'une comédie populaire de Rizzotto, les Mafiosi, sont certainement une variété des anciens camorristes. Cette variété est due peut-être à la ténacité plus grande qu'ils mettent à garder un secret, qualité propre aux races sémitiques (1); peut-être aussi à leur extension parmi les hautes classes de la société et principalement chez les avocats; car il se trouve à Palerme des milliers d'avocats et de chicaneurs. Mais elle provient surtout de l'organisation féodale dont ils conservent les usages et jusqu'aux dénominations hiérarchiques, soit en prison, soit au dehors, et même en beaucoup d'endroits la livrée: anneaux, cravates, arrangement des cheveux, chapeaux relevés, langage concis et impérieux. Ils ont pu perdre en partie leur organisation étroite; mais ils savent la retrouver au besoin et même la dépasser; je n'en veux pour exemple que la révolution de Palerme et le vol du Mont de Piété. — Â Messine, il y a quelques années, on distinguait les chefs suprêmes, bravi, qui étaient élégamment vêtus et portaient des ;
(1) Je rappellerai au lecteur que M. Maxime du Camp, à propos des i juifs français condamnés par les tribunaux, note cette fidélité à garder r un secret comme distinctive de leur race.
Voir pour la mafia, Viola, Relazione statistica giuridica di Misb'etta, , 1881, et la belle monographie de Lestingi (Archivio di psichiatria, . vol. I, p. 362). Il en résulterait que le mot mafia vient de l'habitude f qu'ont les mauvais sujets de Trapani de se cacher dans les carrières de ( tuf des environs, carrières appelées mafie. — Voir aussi Alongi, SuUa* Maffia, 1886, Torino, CBib- Antr. Giur., ii, § vni).