‹ L'homme criminelChapitre 248 sur 315 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

ganls paille; les accoUellatori , chourineurs, pris dans la populace; et, en troisième lieu, les voleurs repris de justice. Us ont renoncé à prélever un impôt sur les revendeurs au détail et sur les maisons de jeu , peut-être parceque l'amoindrissement de la population et la pauvreté plus grande du même peuple rendaient leurs bénéfices illusoires; mais ils ont trouvé des ressources plus abondantes et plus soudaines dans l'entreprise des vengeances particulières, dans le trafic de leurs votes en cour d'Assises, dans la contrebande, les loteries clandestines, l'exploitation des travaux publics, le concours exclusif qu'ils prêtent pour l'acquisition des biens ecclésiastiques, et quelquefois encore dans le vol, le chantage, le brigandage à main armée.

Us suivent tous fidèlement les règles de ce code anonyme, mais appliqué avec tant de rigueur, de V orner tà, qui nous a été révélé par MM. Tommasi-Grudeli et Vincenzo Maggiorani, et qui se retrouve souvent dans les proverbes populaires (1). En voici les articles principaux: garder un silence absolu sur les crimes que l'on voit commettre aux autres, et se trouver prêt, si l'occasion s'en présente, à prêter un faux témoignage pour en faire disparaître les traces; accorder protection aux ri-

(1) Quand un homme est mort, on doit sauver le survivant. — Le témoignage est chose excellente, à condition qu'il ne nuise pas au prochain.

— A qui te prend ton pain , toi à ton tour, prends la vie. — Les armes d'abord, la femme ensuite. — Tommasi-Crudkli , La Sicilia, 1871, p. 66.

— Après l'assassinat de Pancaro à Vittorio, tous les témoins honnêtes étaient paralysés par des menaces incessantes; on lisait sur les murs:

Qui se tait sera payé; Qui parle sera tué.

On voit se former à toute heure, en Sicile, des associations secrètes et sanguinaires, qui ont tous les rites des anciennes sociétés secrètes politiques.

ches moyennant finance; défier la force publique en tout temps et en tout lieu, par conséquent avoir toujours sur soi des armes prohibées; se battre en duel pour les motifs les plus frivoles et ne pas hésiter à donner un coup de couteau en trahison; se venger à tout prix des injures reçues, même si l'on est intimement lié avec l'offenseur. Quiconque manque à un de ces préceptes est déclaré infâme, ce qui revient à dire qu'il doit être tué dans le plus bref délai, même s'il est en prison; là, à défaut d'armes pour le frapper, on l'étouffé dans le baquet aux excréments; il reçoit aussi, comme aux temps de l'antique Rome, l'ordre de se donner la mort, et il obéit stoïquement, sachant bien que la condamnation est irrévocable. Avant de tuer un affilié, on l'avertit, soit en traçant une croix sur sa porte, soit en tirant un coup de fusil contre sa maison.

J'en ai vu plusieurs qui avaient pu se dérober à la mort; mais qui, fous de terreur, demandaient en grâce d'être enfermés seuls dans une cellule de la prison.

Une foule d'observateurs ont prétendu tirer, de ces coutumes et de ces lois spéciales aux associations criminelles, un témoignage en faveur du principe éternel de la justice.

Mais l'idée de justice, prise en elle même, n'y est pour rien; c'est la nécessité qui les guide. Si l'on pouvait se dénoncer réciproquement sans obstacle, si rien n'arrêtait l'anarchie qui ne manquerait pas au milieu de tant d'hommes altérés de sang, nulle association pourrait se maintenir un seul instant. 11 est bien naturel, d'ailleur, que tout groupe d'hommes appelés à vivre ensemble quelque temps, adopte une vie spéciale; c'est ce qui arrive aux moines, aux soldats. Celte espèce d'organisation judiciaire serait comme la pseudo-membrane

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