‹ L'homme criminelChapitre 257 sur 315 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

M. Morel le premier, puis M. Legrand du Saulle (Gazelle des hôpitaux, mai, 1878), et aujourd'hui M. KraffL- Ebbing, signalent chez le fou moral la fréquence du crâne étroit et pointu, la macrocéphalie, les crêtes osseuses du crâne, le crâne très-allongé ou excessivement arrondi. Dans l'étude de la face, ils relèvent la disproportion des deux moitiés du visage, l'épaisseur des lèvres, l'ouverture exagérée de la bouche, la mauvaise conformation des dents, qui tombent de bonne heure avec les accidents les plus graves; ils signalent encore la voûte du palais asymétrique, ou plate et resserrée, la luette allongée et partagée en deux, les oreilles grandes et disproportionnées. Toutes ces anomalies, celles du crâne en particulier, nous les avons rencontrées chez les criminels. (V. ii® partie, p. 156 à 29i).

En réunissant le petit nombre de cas fournis par de bons observateurs, on peut arriver à une certaine précision. Ainsi, sur 24 individus frappçs de folie morale, on en a vu 10 qui avaient des anomalies du crâne, 14 qui en étaient exempts.

5. — Physionomie. — La physionomie de Sbr..., de Ross..., de X., de Canlarano, de Verzeni, reproduirait presque tous les caractères de l'homme criminel : développement des mâchoires, asymétrie faciale, inégalité des oreilles, absence de barbe chez les hommes, traits virils chez les femmes, angle facial étroit, 71-76- 78. — F., du docteur Verga, a les dents mal plantées. Gil... a les pommettes et les mâchoires disproportionnées et les yeux obliques.

Dans les planches photo-lithographiques de notre Album, on a dû remarquer que, sur les 6 hommes atteints de folie morale, 4 ont le type véritable du criminel, et

que ce sont précisément le n°14 de la planche x, les nos 1 et 24 de la planche ix, le n» 51 de la planche xiv. En (in de compte, sur les 14 fous moraux observés par M. Virgilio, 7 présentaient des défauts pour les oreilles, 3 pour les dents, 5 pour le nez; 9 seulement n'avaient rien d'anormal ; soit 64 0[0. Comparez ce dernier chiffre h celui des idiots, 55 Oio, et vous verrez que l'écart est presque nul.

Que si les anomalies du crâne et de la physionomie sont moindres chez les fous moraux que chez les criminels, on pourrait expliquer cette différence en disant qu'un plus grand nombre de cas de folie morale, du moins si l'on considère ceux qu'on trouve dans les hospices, se produisant tard, à la suite d'une fièvre typhoïde ou de toute autre maladie, la physionomie n'a pas eu le champ libre pour prendre cet aspect sinistre qui distingue celle du criminel-né, qui a pour origine un arrêt de développement ou une dégénérescence et une plus longue habitude du mal.

Il ne faut pas oublier, pour ce qui a trait à la physionomie, l'exemple fourni par les soldais, les prêtres, Jes bedeaux. On ne saurait nier qu'une direction donnée, poursuivie dès l'enfance dans la compagnie des scélérats, ne donne au visage, au regard, une empreinte commune, surtout quand l'individu est forcé de mener cette existence dans les maisons de correction et dans les prisons. A cela, joignez encore l'attitude particulière que donnent la peur d'être surpris, les appréhensions d'une vie qui se passe toujours en dehors de la loi. L'illustre astronome Tacchini s'appuyait sur celte dernière raison pour m'expliquer le phénomène d'une physionomie normale chez certains brigands, dans les pays où le brigandage, loin d'être considéré comme chose déshonorante, était prolégé par la population.

CIIAPITRE XIII

(5 — Analgésie. — L'analogie est encore plus manifeste si l'on considère les anomalies fonctionnelles signalées par MM. Legrand du Saulle, Kralît-Ebbing, Bonvecchialo, etc., strabisme, nislagme, mouvements convulsifs de la face, alaxie légère, pied-bot, hypereslliésie passagère ou périodique, exagération ou manque absolu d'excitation génésique, incapacité à supporter i'alcool. — Presque tous les caractères décrits en cet endroit, nous les trouvâmes fréquemment cbez les criminels (V. p. 337).

Parmi les caractères biologiques, on aurait pu croire que l'analgésie et l'anesthésie sont spéciales aux seuls criminels; mais les derniers faits recueillis par la science établissent précisément le contraire.

J'ai fait connaître (Arch., m) comment les nécessités de ma profession m'avaient rais en contact avec un fou moral qui, atteint d'une blenorrhagie aiguë, continuait à monter à cheval, faisait une ascension dans les Alpes, et riait pendant qu'on lui amputait un membre. M"" Renaudin cite le cas d'un jeune homme excellent d'abord, qui devint tout-à-coup étrangement pervers et qui, s'il ne fut pas reconnu pour absolument fou, parut du moins tout-à-fait analgésique. Revenu pendant un certain temps à une vie plus calme, il recouvra la sensibilité de l'épiderme; mais il fit une nouvelle chûte morale et alla jusqu'au crime; alors reparut l'analgésie. — La Cat. dont parle Bonvecchiato ressentait fort peu la douleur sur le côté gauche; Agnoletti parut à plusieurs reprises insensible au froid.

MM. Tamburini et Seppilli, dans leur examen de Sbro..., meurtrier de son frère et de son père, et atteint de folie morale, ont reconnu qu'il était analgésique. Ils lui traversaient avec une aiguille les chairs, la langue.

la peau du front, sans provoquer aucun signe île douleur. — Lui... d'AsLi avait la paume, et Verzeni le dos de la main, très-peu sensible au courant électrique.

L'analgésie est, donc, un des caractères les plus fréquemment relevés chez le fou moral, comme chez le criminel-né. On me permettra de rappeler ici que, dans un certain nombre de cas d'hystérie hypnotique accompagnée du dédoublement de la personnalité, on a vu se manifester un réveil temporaire des tendances immorales pendant que l'anesthésie ou l'analgésie était complète.

7. — Tact. — On n'a pas encore bien étudié en eux la sensibilité tactile, mais il est assez curieux de constater que 9 des 17 individus examinés par MM. Amadei, Berti et Tonnini parurent atteint de mancinisme sensoriel et d'obtusion.

8. — Tatouage. — On ne peut non plus nier que le tatouage, qui semble le signe caractéristique du criminel, se retrouve chez l'homme atteint de folie morale. Si, en effet, nous rassemblons les cas rais en lumière par M. De Paoli et Severi , nous voyons qu'ils se rapportent pour la plupart à des fous moraux ou a des épileptiques. Le seul individu de cette catégorie que j'aie pu rencontrer à l'hospice de Turin était couvert de dessins.

9. — Réaction vasculaire. — Les seules expériences faites à l'aide de l'hydrosphygmographe sur un fou moral, Sbro..., nous révèlent une autre identité: celle de la faiblesse des réactions vasculaires. — M. Krafl't-Ebbing, du reste, a constaté l'irrégularité de ces réactions. — Tantôt, dit-il, elles sont exagérées, tantôt elles sont nulles, sous l'influence de la lumière ou des liqueurs alcooliques.

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