CHAPITRE XIII
10. — Agilité. — Dans trois fous moraux soumis à mon examen, j'ai reconnu une agilité extraordinaire qui, en un cas, égalait vraiment celle du singe. C'est encore un des caractères fréquents des criminels. Et, à ce propos, qu'on nous permette de réparer un oubli: dans le chapitre consacré à ces derniers, nous n'avions pas mentionné les évasions presque miraculeuses de Sheppard et d'IIaggard.
11. — Sexualité. — La précocité de la perversion sexuelle, l'excès suivi d'impuissance, ont déjà été reconnus par M. Krafft-Ebbing dans le fou moral, comme par moi dans le criminel (p. 404).
« Ils ont, continue M. Krafft-Ebbing, des anomalies notables dans les instincts, particulièrement en ce qui concerne l'union des sexes; ils éprouvent à ce sujet des désirs souvent prématurés ou contre nature, quelquefois précédés ou accompagnés d'une férocité sanguinaire )). — De mon côté, non content de citer Verzeni , Sbro... (ce dernier, avant d'avoir atteint sa seizième année, était déjà affecté d'une maladie vénérienne), Zastrow^ Bertrand, Menesclou, Lemaître, Prunier, je rappellerai la précocité sexuelle des voleurs, la luxure toujours inassouvie des assassins, les goûts étranges de ceux qui ont la passion du viol, enfin ceux des enfants atteints de vraies anomalies sexuelles (p. 129, etc.).
12. — Sens moral. — En ce qui concerne la nature morale, l'affectivité, l'analogie n'est pas contestable. Je n'ai que l'embarras du choix, parmi les descriptions faites par les adversaires les plus acharnés de mon école, pour le prouver sans qu'on puisse me taxer de partialité.
Ce sont, écrivent MM. KrafTl-Ebljing (1. c.) et Schûle, de vrais idiots moraux qui ne peuvent s'élever jusqu'au sens moral, ou qui, si l'éducation le leur a fait entrevoir, s'en tiennent à la théorie, sans jamais passer à la pratique. Ce sont des daltoniques, des êtres frappés de cécité morale, dont la rétine psychique est, ou devient, anesthésiée. Ils n'ont point la faculté d'utiliser les notions d'esthétique, de morale, qu'ils ont reçues, en sorte que les instincts cachés au fond de tout cœur humain montent chez eux à la surface. Les notions d'intérêt personnel, de toute chose utile ou nuisible, déduites de la logique pure, peuvent se rencontrer en eux à l'état normal; de là un froid égoïsme qui repousse absolument le beau et le bien , une absence complète d'amour fihal (nous rappellerons ici ce juge allemand qui tua sa femme et sa mère pour leur épargner les souffrances de la maladie; de là encore l'indifférence au malheur d'autrui, à l'opinion publique, l'exagération d'un égoïsme qui recherche avant tout la satisfaction de l'intérêt personnel, sans nul souci des droits du prochain. Que de tels hommes se trouvent un jour en opposition avec la loi, leur indifférence fera aussitôt place à la haine, à une ardente soif de vengeance, à une affreuse férocité; car, ne l'oubliez pas, ils sont convaincus qu'il leur est permis de mal faire.
« Ils ont bien, écrit M. Krafft-Ebbing, la notion de la culpabilité en certains cas donnés; mais c'est une notion tout-à-fait abstraite et comme mécanique de la loi.
« Ils parlent, souvent, (dit à son tour M. Vigna, psychiâtre spiritualiste) d'ordre, de justice, de moralité, de religion, d'honneur, de patriotisme, de philanthropie, etc.; ce sont même leurs mots de prédilection; mais, dans le fait, ces sentiments leur font toujours défaut. Et c'est