‹ L'homme criminelChapitre 259 sur 315 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

précisément cette lacune qui donne la clé de leurs jugements si bizarres et souvent si contradictoires sur des faits de même nature; c'est elle qui explique pourquoi on s'efforcerait en vain de leur faire reconnaître l'absurdité de leurs opinions, l'immoralité de leurs actes, l'injustice de leurs prétentions...

<ï En un mol, c'est là que réside le motif secret de leur lutte perpétuelle contre la famille et la société. Ce sont des individus susceptibles, à la vérité, d'une instruction superficielle, mais absolument rebelles à une véritable éducation morale; car la base fondamentale de celle-ci est le sentiment ». (Doct. Cesare Vigna, Rendiconto statistico del Frenocomio centrale femminile di San Clémente, Venise 1877).

Ecoutez maintenant le frère Battanoli , un prêtre alléniste. Il dit dans sa Relazione statistica di San Servolo, (Venise, 1880): «: Les fous moraux sont des infortunés qui ont la folie dans le sang; elle date pour eux de l'acte même de la conception, elle a été nourrie avec eux dans le sein de leur mère. Ils manquent des sentiments affectifs et du sens moral; ils sont nés pour étudier le mal et pour le commettre. Toujours en guerre avec la société, dont ils se regardent comme des victimes, ce sont eux qu'on voit au premier rang dans les révolutions politiques; leur naturel aisément inflammable les rend extrêmement dangereux». Parlant de ses deux malades, il ajoute: <c Tous les deux ont une mémoire heureuse et prompte, l'esprit fin, des connaissances nombreuses et variées; tous les deux sont égoïstes et manquent absolument de sentiments affectifs. Alors que" toutes nos actions sont réglées par le cœur, eux se laissent guider uniquement par l'instinct, s'occupent du présent seul, ne songent nullement à l'avenir, (c'est

bien ce que nous avons remarqué chez les criminels). L'amour propre leur est inconnu; après s'être rendus coupables d'une action répréhensible , ils restent indifférents, comme s'ils n'en étaient pas les auteurs; leur sommeil n'en est point troublé. Ils ont le verbe haut, l'expression emphatique; vous trouverez dans leurs écrits des phrases gonflées et sonores, d'un style facile d'ailleurs et plein d'esprit, mais sans onction. Quelque malheur qui frappe leurs parents les plus proches, leurs amis ou leurs connaissances, ils n'éprouvent aucune émotion. Ils parlent de la vertu et du vice; mais ce sont là des phrases qu'ils répèlent, dont ils entendent le sens et qu'ils ne sentent point; aussi, leurs actions les plus vertueuses ne sont-elles dues qu'à la vanité ».

M. Brancaleone dépeint ainsi le fou moral: « Doué d'un caractère changeant et versatile, excentrique, inconséquent, paradoxal, systématiquement hostile à toute tendance moralisatrice, irrésolu dans ses projets, irritable à l'excès, insensible aux joies domestiques, inaccessible aux douceurs de l'amitié, instinctivement porté à la révolte, aux extravagances et au scandale, il déclare hautement qu'il ne croit pas à la vertu; il soutient avec un grand luxe d'érudition et de logique les théories les plus immorales, les plus capables de porter atteinte à la dignité humaine et à l'ordre social.

« Poussé à apprécier avec justesse le bien et le mal , et à en estimer les conséquences relatives, l'hypocrisie et le mensonge lui paraissent choses toutes naturelles s'il doit en tirer profit ».

Les traits dont je me suis servi pour caractériser le criminel-né, (Part, m®, §3 et 5), reproduisent exactement ce tableau. Lemaire disait: « Je sais que je fais mal; si quelqu'un me disait que je fais bien, je lui répondrais*

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