‹ L'homme criminelChapitre 260 sur 315 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

lues une canaille; mais je ne puis m'empêcher d'agir ainsi ». La mort d'un homme ne causait pas à Lacenaire plus d'émotion que celle d'un chat.

13. — Affectivité. — Et, des deux côtés, on constate la haine, sans cause aucune; on la trouve plus naturellement encore, ainsi que la jalousie et la vengeance, quand il existe une cause, quelque légère qu'elle soit.

« Ces malades, écrit M. Motet (Annales médico-psych., d883), sont tourmentés du besoin de nuire. Incapables de goûter les douceurs d'une vie de famille, qu'ils fuient sans motif, ou pour des motifs futiles, ils aiment mieux dormir sous un pont que sous le toit paternel, et se laissent aller à de vrais raffinements de cruauté. On a vu un enfant de 10 ans, à l'œil noir, à la mine effrontée, écolier indisciplinable , pousser dans l'eau un de ses camarades, sans motif, pour le seul plaisir de le voir se noyer. C'était le fils d'un voleur. Dans la prison, il déchirait ses convertures; aucune punition ne pouvait le retenir »,

Catherine B., écrit M. Bonvecchiato, prend plaisir à dire du mal des autres, surtout si elle a à se plaindre d'eux; il suffît d'ailleurs de l'approcher pour encourir sa haine. Toute personne bien vue lui est odieuse, comme si elle lui faisait tort à elle-même. Faites-lui du bien, vous êtes sûr qu'elle vous détestera. Un jour elle demandait avec instances qu'on la laissât battre deux chiens; on voulut qu'elle s'expliquât, n Je suis ennuyée, ditelle alors, de voir que tout le monde les caresse )>.

Un certain B. R., me voyant donner un sou à un pauvre, se prit à ricaner. «Je paierai pour lui ôter ton aumône, )• me cria-t-il. Et comme je lui demandais s'il aimait sa mère, il répondit: « J'aimerais la voir

mourir, si je pouvais vivre sans elle. Ah ! si c'était possible! je saurais bien aider la nature! ».

Callisto Grandi enterra vivant un enfant qui lui avait pris ses couleurs et sali son manteau (Morselli).

Sbro..., sans aucun motif, sentit naître en lui une vive haine pour son frère et sa mère.

La malade du docteur Hughes détestait sa sœur au point de lacérer le portrait de son père parcequ'elle l'avait trouvé dans sa chambre; recueillie par un oncle, elle conçut pour lui, dès les premiers jours, une telle haine, que, pendant nombre d'années, elle refusa de s'asseoir à sa table.

Pif, à 7 ans, tourmentait les oiseaux, déchirait ses habits, crevait les tubes du gaz quand ses parents lui adressaient les plus légers reproches. «Je me venge, j> disait-il alors.

Z... traité par M. Legrand du Saulle {Ann. méd., 4881) lui avouait qu'il se sentait envahi d'une haine froide, profonde, à l'égard de son père qui le privait du bien le plus désiré, la liberté. 11 essaya de tuer sa mère parceque, disait-il, il n'aimait que les gens sérieux, et qu'un homme doit savoir tuer les siens. « Si je voyais leur cervelle répandue j'en serais bien aise, ajoutait-il; car je sei'ais alors bien sûr de n'avoir rien à craindre ».

Rappelons-nous la vengeance sans cause, ou pour de légers motifs (p. 361), relevée chez les vrais criminels.

14. — Altruisme. — A la place de cet égoïsme révoltant, il n'est pas rare de trouver l'altruisme: Hollânder a connu une pauvre fille qui voulait se suicider pour ne pas survivre à son amie, et un jeune homme qui, en dépit d'une vie d'orgie et de violences morbides, se jTiontra toujours un excellent fils et un bon frère.

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