‹ L'homme criminelChapitre 262 sur 315 · CHAPITRE XIII 'J · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII 'J

le faire, et trouve pour cela de véritables phrases stéréotypées. Personne n'est à la hauteur de sa conscience.

^ Personne ne peut dire qu'il soit convaincu. — Il a son

passé. — Tout ce qui le concerne est fameux: le contrat, la breloque, etc.

A moi-même, il disait sérieusement, un jour, qu'un artiste de Milan avait voulu faire son buste, comme s'il eût été un grand homme, et, me voyant à la main la Revue des Deux Mondes, il me demanda s'il y était question de lui. Finalement, après m'avoir débité, le plus sérieusement du monde, des insanités sur l'Italie et son Gouvernement, il voulut bien m'apprendre qu'aussitôt après sa libération (chose dont il ne doutait point) il s'emploierait à faire triompher les idées de Garibaldi , les seules, selon lui, qui convinssent à l'Italie.

C'est bien certainement, encore, cette vanité morbide qui le poussa à écrire sa vie très en détail, et avec beaucoup d'élégance. En cela il se rencontrait avec un grand nombre des criminels qui sont portés à rédiger leur autobiographie.

Sandon s'appelait avec emphase l'étoile du barreau Limousin; son style, disait-il, était celui d'un grand écrivain (Legrand du Saulle, ouv. citée).

La jeune M., traitée par Hollander, parle, à sa pension, de ses richesses imaginaires; elle se fait adresser de fausses déclarations d'amour, et se brouille avec sa directrice parcequ'elle n'a pas été classée première.

J'ai connu, encore, un individu qui signait non seulement ses lettres, mais encore des effets de commerce, avec de faux titres nobiliaires; il se vantait d'avoir pour maîtresses des dames de la haute société, forgeait luimême des lettres en imitant une fine écriture de femme

et se les adressait par la poste, afin de pouvoir les montrer ensuite à ses amis,

Hollânder a observé qu'aucun fou moral ne se cache pour commettre un crime, car il est convaincu qu'en cela il n'excède pas son droit. Il explique ce phénomène par un certain délire des grandeurs qui leur fait croire qu'ils sont supérieurs au reste des hommes, leur fait dédaigner toute précaution, et les empêche de voir lesobstacles. — • Krafft-Ebbing, lui aussi, relève l'opinion exagérée qu'ils ont d'eux-mêmes; M. Maudsley en a vu un, qui parlait, sans cesse, de ses grandes actions, de ses projets de réforme. — C'est bien ce que nous avons constaté pour Faella, Gasparone, La Gala, dans tous les grands criminels. « La race des Crocco ne doit pas se perdre, » disait le brigand Crocco. — Naturellement, les humiliations de la prison et de leur condamnation exercent une action sur ces misérables : plusieurs dissimulent leur orgueil, comme du reste fait le fou moral sous l'influence de la discipline de l'asile;. — mais l'observateur attentif n'a aucune peine à lediscerner.

16. — Intelligence. — L'intelligence n'est assurément pas lésée en eux au même degré que le cœur et le sentiment. Mais, par suite du lien qui unit entr'elles toutes les fonctions de l'esprit, on ne peut dire qu'elle soit complètement saine. Si beaucoup d'auteurs, en particulier Pritchard, Pinel, Nicolson, Maudsley, Tamassia, s'accordent à leur reconnaître une intégrité parfaite de l'intelligence, sans hallucinations ni illusions, et même sans défaut et sans désordre d'aucune espèce, beaucoup d'autres ,. Zelle, Mac-Ferland, Gray, par exemple, admettent un. affaiblissement; un plus grand nombre encore consta-

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