CHAPITRE XIII
tent de graves irrégularités. M. Morel (p. 57) trouve en eux une attitude intellectuelle spéciale, caractérisée par la facilité à écrire, à parler, à cultiver les beauxarts, mais dominée souvent par la tendance au paradoxe. M. Campagne (Annales médico-psych., 1879) signale, aussi, leur bizarrerie, leur manque de sens commun.
M. Kralît-Ebbing lui-même, quoiqu'il ne trouve pas d'anomalie dans leur intelligence, avoue qu'ils sont souvent simples d'esprit, souvent absurdes, qu'ils n'apportent aucune prudence dans l'accomplissement d'une action coupable, qu'ils font des coq-à-l'âne, débitent des mensonges; mais il ajoute qu'ils finissent par croire à la réalité des faits inventés par eux-mêmes, et qu'ils s'attribuent de bonne foi ce qui appartient à d'autres. <r Ils ont, écrit M. Battanoli à propos de ses deux sujets, des connaissances étendues, ils écrivent et parlent avec grâce, avec beaucoup de verve; ce ne sont, toutefois, que de jolis perroquets bien dressés ».
Ces caractères contradictoires , qui se retrouvent exactement chez les criminels, proviennent de ce que tous les fous moraux n'ont pas été forgés sur un modèle unique, pas plus que les criminels eux-mêmes. — Les espèces animales, à mesure que leur nombre augmente, s'individualisent et offrent des variétés plus nombreuses et plus distinctes, de manière à former des sous-genres; il en est de même des foux moraux et des criminels pour ce qui regarde l'intelligence; cela ne les empêche pas de garder toujours leur caractère principal: la légèreté et la ruse. — La différence résulte encore de ce que, doués souvent, dans leur enfance, d'un esprit vif, ils vont s'engourdissant à mesure qu'ils grandissent; et de ce que, étant sujets à des congestions cérébrales (Krafft-Ebbing), ils doivent nécessairement
présenter à chaque instant la plus grande variété de travers intellectuels. Voilà pourquoi nous pouvons, dans les auteurs, en suivre des gradations qui vont insensiblement des hommes de génie, très-rares toutefois parmi eux aussi bien que chez les criminels, aux esprits faibles, tel que la plupart des voleurs (V. chap. viii^), et même aux imbécilles, parmi lesquels je n'hésite pas à placer Sbro..., et ce Grandi, qui a été pourtant condamné.
Le doct. Battanoli, en effet, nous en présente un qui fut un vrai poète; et M. Livi, dans son sbire toscan, nous fait connaître un véritable philosophe épicurien. Pour ma part, j'ai pu étudier un de ces malheureux qui, dans les sciences, avait conquis l'estime publique et s'était élevé au premier rang. Cependant, il souffrait, depuis son enfance, d'amnésies fréquentes; il était d'une malpropreté extrême; enfin, plus tard, il oublia la valeur des mots et fut envahi par la folie des persécutions.
D'autre part, nous trouvons dans Sbro..., qui pourtant savait écrire passablement et était un bon orfèvre, une intelligence si débile, qu'elle touchait, de près, à l'idiotisme (Tamburini).
Tous, d'ailleurs, même ceux dont l'intelligence paraît saine, commettent dans leurs- jugements des erreurs causées par l'excès de leur vanité, et se contredisent de la façon la plus absurde. Ecoutez les axiomes du parricide Agnoletti:
« Un faux nom cesse d'être tel, quand on l'a pris déjà une fois.
» La parole d'honneur n'oblige pas, quand on la donne à une personne indigne.
» Tout acte souscrit perd sa valeur, quand il cesse d'être en harmonie avec les impressions du moment.