‹ L'homme criminelChapitre 265 sur 315 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

tions de folie. C'est un champignon sur lequel pousse un autre champignon, ce qui n'empêche pas le premier d'en être le vrai point de départ. A foliori fit clenominatio.

Et Dagonet va jusqu'à parler de délire aigu et d'hallucinations chez le fou moral.

On en voit tout autant chez les criminels: s'il arrive souvent que leur intelligence paraisse normale, il n'en est pas moins vrai que les cas les plus typiques s'allient à la folie ordinaire dans la proportion de 2,50 au 5 0[0.

Nous trouvons des traces d'anomalies dans leurs chants, dans leur argot, etc. — Quant à la possibilité d'un véritable délire, je m'en rapporte à Nicolson lui-même (Journal of Mental Science, 1877): il a fréquemment trouvé chez les prisonniers ce qu'il appelle justement une perversion de conception , qui les pousse à user de mensonges très-compliquées pour expliquer les faits les plus simples. Ils croient, par exemple, à l'existence d'une sorte de loi qui ordonne aux employés des prisons de les tourmenter; et c'est ainsi qu'ils interprètent les mesures de discipline les plus élémentaires.

La contenance des criminels, soit dans la prison, soit au dehors, ressemble souvent, en tous points, à celle des aliénés. Dans l'ensemble des criminels, écrit Nicolson, il s'en trouve qui, indifférents aux punitions, 'ncapables de se contenir, pris de véritables accès de fureur (cela se rencontre surtout chez les femmes) qui souvent sont périodiques et n'ont pas de cause, et pendant lesquels ils brisent tout, vitres, fenêtres, vêtements; oursuivis par des idées fausses de persécution, s'acharant à mal interpréter ce qu'ils voient faire aux autres, evraient être classés parmi les aliénés {Journal of Mental Science, 1873).

M. Meyer (Souvenirs d'un déporté, 1880) cite un cas survenu à la Nouvelle-Calédonie: les déportés et les argousins qui, pour la moralité, ne sont pas supérieurs aux premiers, furent un jour en proie à une sorte de •folie épidémique qui leur faisait voir dans tout individu, aux uns un ennemi, aux autres un fugitif.

Rappelons ici la Zerbini, ce type de criminelle qui souillait de ses ordures la chambre de son maître, coupait les cordons des sonnettes, simulait des apparitions d'esprits, et accusait de tout cela sa maîtresse.

Les prostituées non atteintes d'aliénation ont pourtant dans leur maintien, dit M. Maxime du Camp, quelque chose qui touche à la folie. On les voit éclater de rire, en chœur, à l'aspect d'une mouche qui vole, regarder le feu avec stupéfaction, comme si elles le voyaient pour la première fois, s'épancher en un flux de paroles que rien ne saurait arrêter, et se figurer qu'elles sont poursuivies par l'inspecteur des mœurs ou par une de leurs compagnes. Dans les maisons de repentir qui leur sont affectées, on a remarqué que, surtout au printemps, elles semblent en proie à une agitation que la folie seule peut expliquer (Parent D., 1. c, p. 371).

47. — Astuce. — Une raison qui porte bien des gens à leur attribuer une intelligence intacte, c'est que tous sont rusés, comme le sont les criminels. La Catherine de Salemi-Pace niait obstinément qu'elle eût tenté de corrompre ses filles et leur eût présenté des hommes; elle se justifiait en disant que, craignant d'être battue par elles, elle avait cherché des protecteurs. — L. M., du docteur Cappelli, ayant aperçu une veuve sortir d'une maison où elle était en villégiature, s'y établit

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