‹ L'homme criminelChapitre 267 sur 315 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

écrit Pinel, ils font montre d'une imprévoyance et d'une cruauté monstrueuses, d'un cynisme révoltant; ils se vantent de leurs méfaits, n'éprouvent pas le moindre remords, se montrent intraitables à toute éducation ». Mais notre auteur avoue plus loin que ces caractères sont aussi ceux du vrai coupable.

<i. Ils se distinguent des criminels , selon M. Krafît- Ebbing, par leurs affections cérébrales, congénitales ou acquises, par l'hérédité alcoolique, l'épilepsie, la folie; par les blessures du crâne, la méningite, l'atrophie ou la démence séniles, l'altération du système nerveux ou du développement du corps; par le strabisme, le pied bot, la mauvaise conformation des parties génitales.

» Ils sont prédisposés aux maladies du cerveau, aux congestions; ils ne peuvent supporter l'alcool, se font remarquer par une grande variabilité d'humeur, par l'exagération de leurs passions; enfin, ils sont épileptoïdes ».

Nous avons constaté tout cela chez le criminel-né.

24. — Préméditation. — On parle de la préméditation, de la dissimulation, de l'art avec lequel les vrais criminels savent se cacher, et l'on oppose ceux-ci aux fous moraux, qui n'hésiteraient pas à faire le mal publiquement, persuadés qu'ils ont le droit de le faire (Hollander); mais je rappellerai à mon tour les vanteries qui précèdent le crime, les divulgations toutes spontanées que les criminels-nés font souvent au premier venu. — Un peu plus haut, d'ailleurs, j'ai montré plusieurs fous moraux usant d'une profonde dissimulation, ■chose qui ne fait pas non plus défaut aux aliénés véritables.

Il ne sera pas mauvais d'ajouter que plus d'une fois le fou moral, comme le criminel ordinaire, se prépare un alibi, prémédite son crime, l'accomplit, non sous l'impulsion du moment, mais dans un but de vengeance ou de lucre, en se donnant souvent des complices. — Nul, parmi les aliénistes, n'ignore que tous les accidents qui arrivent dans les hospices d'aliénés ont pour auteurs des fous qui poussent au mal leurs camarades, trompent et dénoncent leurs supérieurs, et sont toujours prêts à comploter. — Aux cas déjà cités j'ajouterai le suivant:

Aubanel raconte qu'un fou qui détestait la famille de sa femme, ayant appris que cette famille devait faire une partie de plaisir dans les environs de Paris, se travestit, loua une voiture et la conduisit à la porte de ceux qu'il détestait, supposant qu'ils la prendraient pour l'excursion projetée. C'est en effet ce qui arriva; on ne le reconnut point, et, quand on fut au bord de la Seine, il s'efforça de précipiter la voiture dans le fleuve. Alors seulement on s'aperçut de la supercherie, et le fou fut ramené à Bicêlre.

22. — Esprit d'association. — Ajoutons à ce fait celui qui s'est passé à l'hospice de Marseille, il y a de cela dix ans : deux fous s'étaient entendus pour tuer les gardiens, s'emparer des clés et prendre la fuite (1). Que faut-il de plus pour démontrer que non seulement les fous moraux, mais encore les aliénés ordinaires, peuvent s'accorder entre eux, former des complots, tout comme les prisonniers, et que l'opiniâtreté de la vengeance

(1) Je tiens de source certaine qu'à Naples, sans l'énergie de M. Bnonomo, trois fous moraux auraient introduit la camorra dans l'asile de St. François de Sales.

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