‹ L'homme criminelChapitre 268 sur 315 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

peut se loger dans leur cerveau, aussi bien que dans le cerveau des criminels?

Aucun des auteurs cilés n'a, je crois, remarqué un trait que j'ai souvent relevé chez les fous de cette espèce, comme chez la plupart des criminels; à savoir, le besoin de vivre au milieu de la société, à laquelle pourtant ils font tant de mal et qu'ils poursuivent d'une haine si profonde, surtout quand il s'agit de gens de leur classe.

Je me souviens d'un certain Ros..., qui avait d'abord étranglé sans motif une de ses nièces, et qui ensuite, dans l'hospice dont j'élais chargé, tua par esprit de vengeance un de ses compagnons. Eh bien ! il ne pouvait supporter la solitude. A peine l'eus-je mis en cellule, qu'il éclata en menaces, puis essaya de se pendre; il aurait fini par se tuer, si je ne l'avais ramené au milieu de ceux qu'il tourmentait sans cesse, mais dont il ne pouvait se passer.

J'en ai connu un autre, un certain Gi..., devenu fou moral après avoir atteint sa puberté, en qui cette tendance se manifestait, mais à l'égard de la société criminelle; il demandait d'être ramené à la prison où, disait-il, il trouverait la compagnie qui lui convenait. Ses réclamations incessantes n'étaient pas dépourvues de logique: «Si j'ai volé, répétait-il, c'est en prison qu'on doit me mettre ».

Ce sentiment prouve, une fois de plus, l'identité des deux formes: car il est notoire que les vrais fous éprouvent un véritable horreur pour les criminels et qu'en général ils recherchent toujours l'isolement.

23. — Vanité dans le crime. — Autobiographie. — Nous avons pu constater par des exemples nombreux

que les criminels ont une tendance particulière à tirer vanité de leur crime, l'éterniser en le couchant par écrit. Pareil fait a pu être constaté par des observateurs profonds, dans certains cas où le diagnostic de la folie morale ne laisse aucun doute; et même, qu'on y prenne garde, le fou moral peut aussi, comme le criminel ordinaire, fournir un indice et quelquefois une explication de ses actes.

Le fou moral Sbro..., après avoir pris toutes ses précautions pour cacher le meurtre de son père et de son frère, écrivait ces lignes (Archivio, iv, p. 394):

« Quel est le destin de ma mère, et quelle sera sa mort ? Si je puis, je l'empoisonnerai avec de l'arsenic: sinon, quand et de quelle façon ?

» En quelle année mourra-t-elle, et de quelle maladie? ne peut-on le savoir ? Je pourrai sans doute la tuer; mais de quelle façon? Et si ce n'est pas possible?

)) Jusques à quand dois-je vivre (ne puis-je le savoir)?

» Que vaut-il mieux pour moi, m'unir avec... et vivre en famille, ou m'engager dans l'armée?

)) Mon destin, quel est-il?

)) Quel était le destin de Henri, et quel devait être son meurtrier?

» A propos de sa mort, suis-je coupable en quelque chose ? »

Ces lignes, qui le firent juger coupable, nous font toucher du doigt le besoin qu'éprouvent les scélérats de parler de leur propre crime et d'en laisser des traces par écrit (interrogé à ce propos, Sbro..., répondait qu'il n'avait pu s'empêcher d'écrire ces lignes). On doit, comme le font très-justement remarquer MM. Tamburini et Seppilli, faire la même réflexion à propos de ce fou épileptique dont parle M. Maudsley, qui, aussitôt après avoir

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