CHAPITRE XIII
égorgé une petite fille, se lava les mains et écrivit dans son journal: *v Tué une petite fille; elle était bonne et chaude ». Cela nous explique encore la strophe extraordinaire dans laquelle Menesclou, ce misérable qui violait et tuait les petites filles, a laissé une preuve écrite de son crime, alors que de vive voix il le niait obstinément:
Je l'ai vue, je l'ai prise; Je m'en veux maintenant Mais la fureur vous grise :
Et le bonheur n'a qu'un instant.
Dans ma fureur aveugle, Je ne voyais pas ce que je faisais.
Grandi, fou moral et idiot (Morselli, 1. c), était à peine entré dans sa prison, qu'il se mit à composer une comédie stupide et des illustrations plus stupides encore, pour célébrer ses assassinats et se décerner à lui-même le triomphe.
Le fou moral de Battanoli avait également mis en vers ses propres mésaventures:
longuement j'errai
De çà, de là, pauvre voyageur abandonné,
Cherchant souvent le malheur,
Comme on dit, avec une lanterne.
J'allais comme l'oiseau de branche en branche.
Le nez au vent, tout mon mobilier dans la poche.
Quand je considère ce nombre considérable de versificateurs et d'autobiographes parmi les fous moraux, je ne puis m'empêcher de songer à ces nombreux poètesvoleurs, ou plutôt voleurs-poètes, dont j'ai parlé plus haut; et je les relie à ces vers bizarres adressés à Mr. Arboux (Les prisons de Paris, 1881) par un escroc:
Je vous écris en vers — n'en soyez pas choqué, En prose je ne sais exprimer ma pensée-
J'en conclus, en somme que ce n'est pas seulement la vanité, mais encore une sorte d'instinct morbide, qui pousse ces gens-là à une production littéraire renfermée d'ailleurs, au dedans d'eux-mêmes; qu'ils font des vers, à l'exemple des peuples sauvages (Genio e follia, p. 124), parceque leurs passions ne sont pas maintenues en équilibre. Nouvelle preuve encore que le génie peut être le résultat de la dégénérescence, comme il en est certainement bien des fois la cause.
24. — Simulation de la folie. — La simulation fréquente de la folie, qu'il n'est pas rare de trouver chez le criminel, a été relevée chez le fou moral par plusieurs observateurs attentifs : Lâhr l'a retrouvée chez un homme coupable de viol; M. De-Paoli a fait de nos jours une observation analogue.
25. — Symptômatique de la folie. — On m'objectera que de nombreuses maladies mentales offrent parmi leurs symptômes des tendances propres à la folie morale; mais cela ne contrarie en rien l'existence de ce genre de folie. Est-ce que les accidents syphilitiques , les cas de saturnisme, d'hystérie, avec convulsions, délire, prouvent la non existence de la paralysie, de l'épilepsie, de la folie ?
Les méningites à caractère hydrophobique n'empêchent malheureusement pas la véritable hydrophobie d'exister. C'est d'ailleurs là précisément la cause qui a fait si longtemps douter de la folie morale.
26. — Histologie pathologique. — Dans les trois sujets atteints de folie morale dont on a fait l'autopsie, Sandou, le J. du doct. Lasègue et L. de Bonvecchiato, on a pu