CHAPITRE XIII
constater des méningites, des foyers de ramollissement et d'apoplexie, et une atéromasie profonde des vaisseaux. — Nous manquons de tout travail histologique à ce sujet.
Mais, une fois qu'on a reconnu la parfaite analogie de ce mal avec les autres névropathies, on peut s'appuyer sur les précieuses observations de M. Arndt (Virchow Archiv., 61, 67, 72): «Beaucoup de cellules gangliaires sont, chez les névropathes comme chez les reptiles, chez la salamandre, dans un état de développement inférieur; en plusieurs d'entre eux, le cylinder axis est trop ténu, ou couvert de granulations et pas assez nettement séparé de ce qui l'environne, d'où résulte une excitation trop facile; quelquefois même une partie fait tout-à-fait défaut, et se trouve i^emplacée par un amas de cellules protoplasmiques ; souvent leur gaîne médullaire est pointillée et n'a pas son aspect ordinaire d'homogénéité à double contour: de là, interruption dans la circulation, stase des forces moléculaires, réaction , explosion dans les autres régions centrales. Les vaisseaux semblent contournés par un petit nombre de cellules lymphatiques, en sorte que l'écoulement de la lymphe se trouve suspendu et que les cellules du cerveau subissent de fortes pressions ».
Ces observations ne servent pas seulement à montrer d'une façon plus claire, au moyen d'une formule anatomique, les arrêts de développement; elles nous aident en outre à expliquer ces phénomènes de perversion de la sensibilité et de la volonté que nous avaient déjà fait entrevoir nos études sur la réaction vasculaire.
Que voyons-nous, en effet? D'un côté, interruption de la conductibilité nerveuse, apalhie, analgésie; de l'autre, accroissement subit de cette même conductibilité, d'où exagération impulsive.
27. — Eliologie. — La meilleure preuve est encore fournie par le decours et par l'éliologie de la maladie.
Le criminel-né, aussi bien que le véritable fou-moral, date presque toujours de l'enfance ou de l'adolescence.
M. Livi (Monomanie in relazione al foro crimin., 1876) a dit: « Les fous moraux naissent naturellement portés au mal ».
M. Savage décrit, comme MM. Mendel et Krafft- Ebbing, une forme de' folie morale primaire, qui se manifeste souvent, entre la cinquième et la onzième année, par une propension au vol, un caractère excentrique, une aversion prononcée pour la vie de famille, un^ennui profond, une répugnance complète à toute éducation, la cruauté envers les animaux et les camarades de classe, le mensonge, la ruse, un cynisme extraordinaire à couvrir ses propres méfaits, une précocité sexuelle qui, dès le plus bas âge, porte à la masturbation, et souvent, avec cela, quelques lueurs brillantes de génie.
Je me souviens de deux enfants qui, dès leur quatrième année, commencèrent à faire le désespoir de leurs parents: voleurs, menteurs, ils ne pouvaient souffrir ni leur mère, ni leurs frères. Et pourtant, ils paraissaient admirablement doués, l'un pour le commerce, l'autre pour tout ce qui a trait à l'arithmélique.
M. Todi cite une petite fille qui se plaisait à piquer les yeux des chevaux et des chiens de la maison; elle devint une mère et une épouse dénaturée, et, plus tard, fut convaincue de folie morale. La même chose arriva, dit-il encore, d'un enfant qui s'amusait à arracher la langue aux oiseaux qu'il pouvait prendre. Eh bien! n'avons-nous pas trouvé chez les criminels-nés des tendances