CHAPITRE II
parer doit luer un homme, le premier qu'il rencontre ». <ID.).
g) Homicide inspiré par la vengeance. — L'opinion publique de la tribu impose le devoir de répandre du sang pour se venger. On applaudit à l'homme qui, ayant perdu un membre de sa famille, poursuit sans relâche «elui qu'on accuse d'en être le meurtrier.
Si, par exemple, un indigène a été offensé par un blanc, il lui suffira de se venger sur un homme de même couleur, fût-ce sur le premier venu. Pour l'Australien, il n'y a pas de mort naturelle; toute mort résulte de quelque maléfice et veut être vengée; de là, pour lui, une série sans fin de devoirs sanguinaires, fortement gravés dans son cœur.
A Tahiti, le meurtrier était assailli par les amis du défunt. Etait -il vaincu? sa maison, ses meubles, ses terres devenaient la propriété de ceux qui l'avaient attaqué, et réciproquement. De nos jours encore, à Noukahiva, le sang se payait par le sang.
5. — Cannibalisme. — Né du besoin de se nourrir, surtout dans les îles, consacré ensuite par la religion, excité par la fureur des armes et rendu héréditaire par une odieuse gloutonnerie, le cannibalisme est, de toutes façons, le dernier degré de la férocité humaine. Il accompagne souvent l'homicide, en prend les divers aspects plus ou moins rebutants, et supprime en ce point toute différence essentielle entre l'homme et la bête. (Ferri).
On a contesté, — M. de Mortillet, par exemple, tout récemment encore, — que le cannibalisme ait jamais élc pratiqué dans l'Europe préhistorique. Mais la grande majorité de ceux qui s'appliquent à la paléontologie,
rREMIÈRE PARTIE
de Spring à Capcllini et h M. de Nadaillac, en ont donné des preuves irrécusables.
On trouve en abondance cliez les races supérieures,, la mongole et la blanche, des traditions concernant celte affreuse coutume. Dans la Bible, on rencontre quelques allusions à l'anthropophagie, (Deutéronome, c. VIII, V. 53; Jérémie, c. xix, v. 9); on en rencontre également dans l'Odyssée (c. tx, v. 287-298, c. v, v. 110- 12^). Hérodote attribue cette coutume à quelques tribus voisines des Scythes, les Androphages et les Issedons (1. IV, c. xviii, xxxvi, etc.); Aristote, à plusieurs peuplades des bords de la Mer Noire (Polit., 1. viii, c. m, trad. Churot, Paris, 1824, t. ii, 515); Diodorc de Sicile, aux Salâtes (1. v, c. xxxii). On lit dans Strabon: «Les Irlandais, plus sauvages que les Bretons, sont anthropophages; à la mort de leurs parents, ils se font gloire de les manger ». (Geogr., 1. iv). Bodin dit la même chose des Thraces. (De republ. 1. i, c. v).
Ces coutumes exécrables ont disparu devant la civilisation; mais on les voit reparaître de loin en loin, dans les situations extrêmes, par exemple dans les sièges, dans les famines, dans les naufrages; quelquefois même sans que l'aiguillon de la faim se fasse sentir, sous le coup d'une grande passion.
Le lendemain de la mort du maréchal d'Ancre, son cadavre fut déterré et mis en pièces. Un des exécuteurs posthumes se léchait les doigts ensanglantés; un autre lui arracha le cœur, le fit griller, et le mangea sur la place publique. Dans l'Italie méridionale, quand sévissait le brigandage, on vit des scènes de véritable cannibalisme: les cadavres des carabiniers étaient coupés^ à morceaux, leur chair vendue et dévorée.