‹ L'homme criminelChapitre 28 sur 315 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Ce n'est plus maintenant que chez les sauvages, que nous pouvons étudier dans son évolution naturelle celte horrible forme de l'homicide.

a) Cannibalisme par nécessité. — C'est la forme la plus commune: on la trouve surtout dans les pays où les animaux qui servent à la consommation sont, ou du moins, étaient, en fort petite quantité. Pressés par la faim, les habitants de l'Australie tuent les femmes pour en faire leur nourriture. Ils vont jusqu'à déterrer les eiidavres.

Quand ces derniers font défaut, ils tuent une femme, une petite fille, un enfant. A Tahiti, une époque de disette était appelée « la saison de manger les hommes ».

Les Cafres, en Afrique, ne touchent à la chair humaine qu'en temps de famine; mais, alors, ils en reprennent l'habitude. La même observation peut s'appliquer aux Fueggiens. Les Esquimaux, eux aussi, ne deviennent anthropophages que poussés par la nécessité; celle de leurs tribus qui a le plus à souffrir de la faim en attaque une autre, déchire les cadavres et en mange la chair, sans se donner la peine de la faire cuire ou même de la réchauffer.

b) Cannibalisme par religion. — Vraiment, on ne pourrait pas dire qu'il soit provoqué toujours directement par la religion: il arrive bien plus souvent que la religion consacre les passions invétérées chez les peuples qui s'y livrent. Les Gonds ont de riches moissons, et pourtant, en l'honneur de leur déesse Bera, ils mangent des centaines d'hommes, et leurs villages, toujours en guerre, s'accordent seulement pour trouver de nouvelles victimes.

PUlîMlÈKt: PARTIE

« Aux îles Fidji, un festin anllnopophagique marquait chaque solennité, comme, par exemple, l'inauguration d'un temple 5). A la Nouvelle-Zélande, la religion a sanctifié le cannibalisme. (Letourneau, 192, 193). Un chef est-il tué dans un combat? le droit des gens exige qu'on remette sur le champ la femme du mort au parti vainqueur; car elle aussi doit être tuée. Puis les cadavres sont rôtis et mangés avec recueillement dans une cérémonie religieuse. Les arikis, ou prêtres, donnent l'exemple, en goûtant avec solennité un petit morceau des victimes. (Letourneau, 192, 193). A Tahiti, l'anthropophagie a maintenant disparu; mais Cook y assista jadis à un sacriflce humain et vit le prêtre oft'rir au chef de la tribu l'œil gauche de la victime; c'était la part réservée au roi. En veut-on une demi-preuve? Le véritable nom de la reine Pomaré « Aimata » signifie manger l'œil.

C'est au Mexique surtout que le cannibalisme religieux, les sacrifices humains, ont atteint le plus haut degré de cruauté, a Là , on étendait la victime sur la pierre du sacrifice; le Grand-Prêtre (Papa Topitzine), qui prenait pour la fête le nom même de son Dieu , ouvrait rapidement la poitrine du malheureux à l'aide d'une pierre tranchante, en arrachait le cœur et l'offrait généralement au Soleil, plus rarement à la Lune. Seuls, les plus âgés d'entre les prêtres avaient droit de manger ce morceau. Le cadavre était ensuite précipité au bas des degrés, où la foule, en prières, attendait pour le dévorer. S'il arrivait que la victime appartînt à des particuliers, ils l'emportaient chez eux pour un repas de famille.

Chez le Gonds du centre de l'Inde, et cela jusqu'à des temps rapprochés, on avait conservé l'habitude de

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