CHAPITRE XIV
Si, maintenant, nous venons à l'étude de la psychologie proprement dite: nous constatons, que, seuls les épileptiques, peuvent embrasser, comme les fous moraux (voir dessus, p. 558), et les criminels (p. 438) sous une forme clinique égale, une divergence intellectuelle énorme, qui du génie va jusqu'à l'imbécillité. Kralît-Ebbing, dans son TraitéfTp. 187, soupçonne dans Mahomet, Napoléon, César, Pétrarque, Molière, génies épileptiques, quelque défaut dans l'esprit; pour moi j'ajoute: que leur descendance de criminels ou de fous, leurs fréquentes hallucinations, et le fait que les conceptions du génie(l), par la soudaineté, l'intermittence si fréquente, l'inconscience suivie même d'auinésie, ont une remarquable ressemblance avec la décharge épileptique, sont autant de preuves qui expliquent et confirment cette concomitance.
Et le talent de l'épileptique , non idiot, se rapproche bien de celui du criminel-né, par le fait de la fréquente paresse (p. 424), ou du contraste qu'offre son indolence habituelle, avec l'excès d'activité dans les actions mauvaises, étranges ou fantastiques.
«Leur indolence, écrit Schûle, s'alterne avec une activité excessive, une fantaisie excitée, une convoitise effrénée ».
« Paresseux (Voisin) ils ne travaillent que par l'âpreté du gain.
» Aux prises avec la justice, leur lucidité apparente, leurs agissements selon un plan arrêté à l'avance, vous donnent à croire qu'ils sont des simulateurs, non pas certes des épileptiques; et cet état peut durer des heures, des jours, des semaines (Kra.fft-Ebbing).
» Quelquefois, aussi (écrit Italus), ils ont un étrange sentiment de satisfaction, de jouissance, qui leur fait bâtir
(Ij LoMBRoso, Genio e Follia, 4" édit., 1884. Eocca, Toriiio.
des projets insensés et concevoir des plans impossibles ». Nous en avons vu un qui rêva la conquête de l'Inde avec une soixantaine de paysans, qu'il entendait engager avec l'argent gagné par le vol: il se disait comte, député, etc. (V. Archivio di Psichiatria, vi, 3).
Mais c'est surtout la contradiction, l'excessivité du contraste qui les caractérise. Il y en avait un (Tonnini) qui se croyait, par moment, Napoléon, et d'autres fois léchait la terre, comme le dernier des esclaves.
Ils ont (dit Krafît), une émotivité énorme; tour à tour timides et exaltés, incapables de loyauté, tyrans domestiques (chap. VI, vu). «Méfiants, intolérants (écrit Le- GRAND DU Saulle, EpUepsie, 1880), un geste, un regard, suffisent pour les Jeter en colère ». — Ils présentent, encore, les plus saisissantes contradictions: de querelleurs, méfiants, cyniques, ils deviennent tout-à-coup timides, respectueux, dévots; et ils sont surtout caractérisés par le pervertissement des affections, par la dureté du cœur.
Fabre dit: « L'intermittence des sentiments, ainsi que des facultés intellectuelles, est le trait dominant de leur caractère.
» La plupart du temps, entre deux accès, ils sont sournois, irascibles, bizarres: par moments polis et aimables, par d'autres grossiers, querelleurs, calomniateurs; leurs parents, aussi, sans être épileptiques, partagent les mêmes défauts, la même inconstance de caractère n.
Delasiauve dit: — « Ils avouent leur crime sans réticences, parcequ'ils n'y voient que l'effet d'une légitime défense, ou d'un fait involontaire, et ils en ont plus de chagrin que de remords. Indifférents aux dangers qui menacent leur existence ou leur liberté, ils n'ont pas garde de faire disparaître les traces de leur forfait, ou de se soustraire h ceux qui les poursuivent ».