CHAPITRE XIV
une couleur locale, et d'où jaillit éclatante l'analogie des deux formes.
Amour aux bêtes. — Par exemple: j'ai vu les épileptiques, avoir d'étranges prédilections, et de haines plus étranges encore, pour les animaux, surtout domestiques.
Deux épileptiques, jeunes gens riches , pendant toute la journée, n'avaient de soucis que pour leur cheval qu'ils affectionnaient plus que leurs parents. — Un montagnard aimait ses brebis, et il portait son amour jusqu'aux rapports charnels. — Un autre, prisonnier, s'emparait des rats communs en espérant de les dresser à traîner: celuilà, étudiant de lycée, ramassait des poux pour les exercer militairement: tandis, qu'un autre s'efforçait d'apprendre à une oie les exercices militaires.
Pour ce qui se rapporte aux criminels et aux fous moraux, je n'ai que le choix parmi les étranges prédilections pour les animaux, que montrèrent Commodo, Caligole, le doct. Francia, Lacenaire, la Trossarello, qui préférait des petits chats à ses propres enfants.
Dostoiewski raconte « que ses forçats aimaient la chèvre Vasci jusqu'à vouloir lui dorer les cornes; ils auraient rempli leurs chambres d'animaux ».
Destruction. — Il y a un autre caractère qui est commun à tous; c'est le besoin de briser, de détruire les objets inanimés, mais plus encore les êtres animés: ce besoin se rattache au penchant aux meurtres et aux blessures dont ils sont coutumiers: on le rencontre, hélas ! bien souvent parmi les enfants.
Misdéa, qui était barbier du régiment, au moment d'être relevé de ce service, cassa avec les dents trois rasoirs en petits morceaux.
Piz... pour se soulager, ainsi qu'il disait, brisait régulièrement, chaque jour, la vaisselle et les carreaux de sa cellule.
Cannibalisme, etc. — Cette tendance arrive, quelquefois, jusqu'au cannibalisme, qui y est bien des fois, sans aucun rapport avec les sentiments de vengeance.
Un épileptique, condamné pour coups et blessures, pendant que je lui appliquais un aimant sur la tête me disait qu'il sentait se réveiller en lui l'irritation qui avait été la cause de son forfait: >i Je me mangerais moi-même si on m'en empêcherait pas » me disait-il; — Misdéa criait qu'il voulait ronger le foie de ses compagnons.
Cividalli en vit un manger le nez à trois de ses camarades.
Verzeni et Garayo, après avoir étranglé leurs victimes, mirent de côté certains morceaux choisis, pour les faire rôtir et manger. (V. après).
Dans la prison, où je suis médecin, j'ai vu prendre par un épileptique G... une couvée de rats vivants, et les manger à peine brouillés avec l'huile de sa lampe, comme on ferait d'une salade. — C'est presque du cannibalisme.
Mais l'exemple plus classique, et le plus saisissant, est celui observé par Adriani (1).
Un épileptique de 42 ans, paysan de son état, avec des sinus frontaux et mandibules énormes (V. Pl. xv, n° 33 et 34), os occipital aplati, oreilles difformes, œil injecté de sang, était la terreur de ses compagnons de travail, parceque, sans aucune provocation, il les mordait avec rage. Un joui', ayant rencontré dans sa route un jeune Jiomme, il l'attaqua, le renversa, et lui laboura les joues
(1) Adriani, Des maladies mentales dans l'asile d'aliénés de Ferme, 1872,