‹ L'homme criminelChapitre 282 sur 315 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

avec les dents. Arrêté, au moment qu'on lui apportait l'ordinaire, mit les gardiens en fuite, courut chez lui s'empara de sa fillette de deux ans, et se mit à lui manger les fesses, les cuisses, la poitrine, jusqu'à ce que les voisins lui sautèrent à la gorge, et l'obligèrent à lâcher prise. La pauvre enfant en mourut. Lui, il erra, tout nu, quelque lemps, par la campagne et un beau jour s'en retourna chez lui: à sa vue sa femme s'enfuit avec les autres enfants, mais il la réjoignit, lui arracha des bras un petit garçon de cinq ans, en cherchant de lui écraser le crâne: il l'aurait ceitainement achevé si la mère héro'ique, m l'eût empêché.

La vanité est fréquente, en eux, ainsi que la vanterie et la régistration des délits. Interrogé s,ur le nombre de coups, dont il avait frappé la fille, Praganô répondait: « Un seul a suffi; ce bras ne se trompe pas facilement ». Taylor enregistrait sur son carnet: « Aujourd'hui j'ai tué une petite fille: elle était chaude 5>.

Le penchant exagéré aux plaisirs vénériens et surtout aux alcooliques est aussi frappant chez beaucoup d'épileptiques que chez les criminels; et j'en ai vu dans des épileptiques enfants. Aussi a-t-on voulu faire de l'épilepsie alcoolique une classe à part.

Suicide. — La tendance au suicide est fi'équenle chez les épileptiques — quelquefois sincère, souvent simulée, plus souvent encore automatique, sans motifs — comme chez les criminels. Le suicide des épileptiques a, parfois, pour but, comme chez ceux-ci, de les soustraire à la peine, et même au délit. Sur 428 épileptiques, Leisdedorf a trouvé 13 suicides; sur 306, j'en ai trouvé 11.

Legrand du Saulle nous parle d'un épileptique, qui écrivait: «. Je me sens poussé à te tuer... Si je ne me tuais pas, sauve-toi; ne me remercie pas: tu aurais clé

ma victime... Et voici que la tête me boute encore, qu& la plume me tourne entre les doigts». Cet épileptique était fils d'un ivrogne et d'une phtliisique. Il finit par se pendre.

Un autre, sergent, frappait un camarade; puis, pris de remord se blessait à l'abdomen avec un couteau. — Un mari épileptique, congédié par sa femme à cause de son mal, se tua à sa porte; et aussitôt son fils, âgéde 17 ans, se tua à son côté (Legrand).

Morel vit une épileptique condamnée par lui à subir la douche pour avoir frappé ses compagnes, prendre un morceau de verre et se couper la jugulaire.

Misdéa essaya, plusieurs fois, de se suicider, sans aucune cause, et plus tard par dépit de ne pouvoir assouvir ses tendances brutales.

Delasiauve raconte qu'un épileptique, après chaque accès nocturne, avait un penchant à se couper la gorge.

Tatouage. — Sur 46 fous tatoués (1), étudiés par Severi , 2 étaient épileptiques. Le tatouage de l'un de ceux-ci lui couvrait tout le corps, comme cela se rencontre chez les prisonniers. L'un et l'autre avaient été renfermés dans l'hospice des aliénés. Or, le fait de tatouage exécuté à l'hospice est rare, et quand il se vérifie, le tatouage n'est pas étendu à tout le corps. Sur 5 tatoués, trouvés par Frigerio parmi les 350 fous par lui étudiés, 2 étaient épileptiques. Sur 31 épileptiques étudiés par Bianchi, 3 étaient tatoués.

Association. — Parmi les fous des asiles, les épileptiques sont les seuls qui aient, de même que les criminels , une tendance à se rechercher et à s'associer. II? conspirent non seulement avec les individus affectés de

(1) Archivio di psichiatria e Bcienze peiialt, vol. vi, pag. 6.

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leur propre maladie, mais aussi avec les fous moraux. Ilsne recherclient, souvent, l'associalion que pour la Iraliir, et pour se frapper mutuellement. Dans la Maison de Santé de Scliôncnberg, (Reimer, Allgem. Zoil. fur Psyc.^ 1884) 5 fous complotent une évasion, en allumant un incendie: oi' de ceux-ci, 3 étaient des fous moraux,- 2 étaient épiiepliques. Frigerio nous a parlé d"un certain L, T., qui non seulement vole avec une dextérité incroyable, mais qui souvent pousse ses camarades au vol et leur sert de guide. C'est un épilcplique.

Simulation. — De même que les criminels, les épiiepliques donnent un grand nombre de simulations, non seu~ lemcnt de folie, mais aussi d'épilepsic. 11 y a des cas, où, chez les uns et chez les autres, il est absolument impossible de discerner si l'accès est simulé ou réel. Cappello publia le cas d'un enfant de 12 ans, épileplique, qui simulait l'épilepsie. Venturi, nous communique le cas d'un épileplique qui ayant tué son ennemi par esprit de vengeance, simula en prison, un accès convulsif.

Intermittences. — Amnésies. — Que l'on ne dise pas que chez les fous moraux manque la forme intermittente ni les accès précédés d'aura. On la remai-que aussi chez eux, quoique moins souvent que chez les épiiepliques. Les gardiens disent que les prisonniers ont, de temp& à autre, un mauvais moment dans la joui'née, moment où, sans cause spéciale, ils deviennent intraitables. C'est -une observation que Dostojewski fit aussi parmi ses compagnons (V. Souven. de la Maison des Morts, p. 17). «Etranges, dit-il, sont les éruptions d'indiscipline do ces gens-là. Pendant des années entières, ils supportent des supplices cruels, et ils se révoltent pour un rien... D'autres qui pendant des années avaient été endurcis dans le mal, au moment le plus inattendu se répandent

en senlimenls do coudialitc, comme si les écailles leur tombaient des yeux )>.

J'ai observé dans les prisons de Turin, que les mêmes jours où, sous des influences certainement métcrcologiques, les accès des épilcpliques devenaient aigus, les criminels non aliénés commettaient des acics violents ou d'indiscipline; ainsi, ils déchiraient leurs vêlements, détruisaient le matériel de travail, frappaient, sans raison, le premier gardien venu. — Frigerio a remarqué le même fait chez ses fous moraux.

J'ai, enfin, vu des cas où l'impulsion du fou moral ou l'acte criminel étaient précédé comme chez l'épileptique, par une aura motrice. J'ai noté, ailleurs (Archivio di psichiatria, vol. m), le cas d'un jeune homme dont la famille s'apei-cevait qu'il méditait un vol, lorsqu'il portait continuellement ses mains au nez, habitude qui finit pour le lui déformer.

Qu'on ne nous dise pas, non plus, que l'amnésie manque dans ces gens. Blanchi a observé l'amnésie de leurs actes chez 4 fous moraux. Nous l'observons souvent dans les boutades des enfants. Et on sait désormais que bien qu'elle soit un des traits les plus fréquents des actes épileptiques, elle n'est pas indispensable pour les caractériser (Samt et Tamburini). Et nous allons le voir tout de suite.

7, Cas cliniques. — Un fait très-important pour notre thèse est que dans les cas les plus frappants de folie morale, l'épilepsie se confonde avec les tendances criminelles et date de la première enfance.

Giuliano Celestino, par ex., de 16 ans, taille 1,51; poids kilogr. 40,500, peau jaunâtre couverte de tatouages, sans traces de poils, capacité crânienne 1516,

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